Dominique Mbonyumutwa ne fut pas président de la République rwandaise : la République rwandaise a été engagée le 25 septembre 1961, édictée le 26 octobre 1961, réglée le 21 décembre 1961 et livrée le 01 juillet 1962. La démolition de la légende habyalimaniste, -faisant de Mbonyumutwa le premier président de la République rwandaise-, est un devoir de citoyen.

PP MUREME 26072014

Mwalimu MUREME Kubwimana, Statisticien-historien-économiste et politologue rwandais, Centriste Gitériste-Kayibandiste, Promoteur scientifique et coordonnateur général du Mouvement Centriste Révolutionnaire rwandais (= M.C.R.)                                                                     

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I. Introduction

La partie de l’Histoire du Rwanda qui intéresse le présent article s’intitule « Le Rwanda sous le régime intérimaire et militaire belge postrévolutionnaire». Elle va de la déclaration gouvernementale belge du 10 novembre 1959 au recouvrement de l’indépendance. C’est donc la période allant du 10 novembre 1959 au 01 juillet 1962. Auront lieu pendant cette période les élections communales, le colloque de Bruxelles, la mise sur pied d’un gouvernement provisoire, le colloque de Gisenyi, les joutes oratoires à l’ONU sur le Rwanda, les résolutions de l’ONU sur le Rwanda, le colloque d’Ostende, le congrès national de Gitarama, les élections législatives et le référendum Kamarampaka, le recouvrement de l’indépendance. La question qui se pose est de savoir si le congrès national de Gitarama fut une pure comédie ou une réalité réelle. De prime abord, il est tout de suite à faire remarquer que, dans le présent article, il s’agit précisément du colonialiste belge et non de la Belgique en général. C’est différent. On condamne le colonialisme belge. On ne condamne pas l’état belge. Le Mouvement Centriste Révolutionnaire rwandais (= M.C.R.) critique les faits et gestes, les comportements, les fautes, les erreurs, mais ne s’attaque pas directement à la personne sacrée du fauteur.

II. Résumé :

La vérité historique est qu’il n’existe qu’un et un seul protocole d’autonomie interne dans l’Histoire du Rwanda. Le premier président de la République rwandaise, c’est celui qui l’a signé. Ceci est simple comme bonjour. La question qui se pose est donc de savoir qui l’a signé, -entre Dominique Mbonyumutwa et Grégoire Kayibanda Se-Bwigenge- ? Allons-y !

Le fondement légal du congrès national de Gitarama, c’est l’ordonnance n° 02/16 du 15 janvier 1961 doublée de l’ordonnance n° 02/17 du 25 janvier 1961, -toutes les deux du résident général belge Jean-Paul Harroy-, accordant l’autonomie interne au Rwanda d’une manière unilatérale et irrégulière au profit des révolutionnaires Hutu. Or, par suite des protestations véhémentes de l’UNAR s’exprimant devant les Nations Unies au nom de la sous-population Tutsi très gravement lésée, par leur résolution N° 1605 du 21 avril 1961 (994ème séance plénière), celles-ci ont invalidé toutes les résolutions issues du congrès en question, vilipendé et sommé la Belgique de désavouer son résident général Jean-Paul Harroy. Or, sur cet ordre impératif des Nations Unies, la Belgique, en personne, a cassé les ordonnances fantaisistes en question n° 02/16 du 15 janvier 1961 et n° 02/17 du 25 janvier 1961 et les a déclarées nulles et de nul effet, le 30 mai 1961, à Bruxelles, devant « la commission onusienne élections-référendum » et ce en présence même du fauteur, en l’occurrence le résident général Jean-Paul Harroy [= Byali amafuti y’Ababiligi kandi nabo ubwabo barabyemeye]. Là, il fut décidé que seul le ministre des affaires étrangères et du Ruanda-Urundi signera le moment venu le document de protocole d’autonomie interne après le referendum décidé par l’ONU et dit en Kinyarwanda « Kamarampaka ». Donc le congrès national de Gitarama n’est pas une réalité réelle et ne peut pas être considéré comme un fait historique. Donc le chef de l’état rwandais Dominique Mbonyumutwa n’a pas existé. Il n’existe que dans les têtes de sa famille et consorts Habyalimanistes (= des Banyakazu). C’est une gigantesque manipulation. C’est une légende du Totalitarisme moderne habyalimaniste (= l’Akazu).

Le premier président de la République rwandaise, c’est Grégoire Kayibanda Se-Bwigenge qui, après le referendum « Kamarampaka », en date du 21 décembre 1961, signa ensemble avec le ministre belge des affaires étrangères et du Ruanda-Urundi, en l’occurrence Paul-Henry Spaak, le vrai document historique de protocole d’autonomie interne. Avec le ministre ! Pas avec le résident général Jean-Paul Harroy (= le cafouilleur) ! C’est précisément grâce à cet acte authentique que le Ruanda-Urundi est redevenu le Rwanda et le Burundi et que le Rwanda a pu recouvrer son indépendance le 01 juillet 1962. Grégoire Kayibanda est vraiment Se-Bwigenge. [= Abatutsi bagomba kwemera Kamarampaka. Ni cya kimwe kuko barangije kwemera Republika. Niba wemera Republika ni uko wemera Kamarampaka. Ahasigaye Abahutu n’Abatwa nabo nibashyire bemere ko iby’i Gitarama byali amafuti. Mbonyumutwa nta mu perezida ulimo. Habe n’uw’agateganyo !].

Par contre, à Gitarama, à travers un mouvement républicain manipulé, dans l’ombre du colonisateur belge, un groupe de révolutionnaires Hutu, bien intentionnés mais mal inspirés, a tenté d’exprimer le désir de voir le territoire rwandais devenir une République rwandaise. Or, le référendum « Kamarampaka », décidé par l’ONU, bien avant même cette pure comédie, avait justement pour but de donner plutôt la parole au peuple rwandais [Voir résolution 1580 (XV) 20 décembre 1960 – Question Mwami]. En conséquence, la Sociologie politique rwandaise approfondie appelle l’événement de Gitarama une violence politique et un coup d’État avorté. Il s’agissait bien sûr d’une manipulation du colonialiste belge (= un parfait intrigant) et c’est cette manipulation que la vraie marionnette du néocolonialisme belge, en l’occurrence Juvénal Habyalimana Rutemayeze, a voulu récupérer. L’enterrement de Dominique Mbonyumutwa au petit stade de Gitarama fut une supercherie politique. Non ! Avant le référendum « Kamarampaka », il n’y a ni République rwandaise, ni président de la République rwandaise.

Pour anéantir le Habyalimanisme (= l’Akazu), il est nécessaire :

  • De rejeter la légende de Mbonyumutwa.
  • De démythifier la notion d’Ikinani. Il est Rutemayeze ! Un totalitariste véreux défait n’est pas un demi-dieu « Ikinani ». Un chef des putschistes s’appelle un chef des putschistes et non un révolutionnaire. Un putsch ne peut pas être une révolution morale. Un tyran militaire s’appelle un tyran militaire et non un démocrate. Un criminel s’appelle un criminel, si chrétien fervent soit-il [= rero ngo yali afite chapelle iwe]. Le règne de Juvénal Habyalimana Rutemayeze [05.07.1973 – 06.04.1994] a été marqué par un monopole idéologique surchargé de mythes. Son système politique est assurément le plus totalitaire et le plus débridé de toute l’Histoire du Rwanda. Le monstre employait des politologues étrangers. Au fait, le curetage du Habyalimanisme (= l’Akazu) et de son héritage infâme est un travail de longue haleine [= Yakoreshaga abapolitologue b’abanyamahanga batoroshye. Aliko ay’ubusa tuu !].
  • De démythifier la notion de 2ème République rwandaise ou de 3ème République rwandaise qui est rien de moins que la 1ère ou la 2ème Dictature militaire rwandaise c’est-à-dire le Totalitarisme moderne rwandais ou un simulacre de République. Il faut appeler une République une République et une Dictature militaire une Dictature militaire. Une Dictature militaire des généraux n’est pas une République ! La 2ème République rwandaise est attendue après la 2ème Révolution rwandaise.
  • De démolir les FDLR (la tête du serpent « Akazu »).
  • etc.

[= Naho ubundi, tulimo turahemukira abuzukuru bacu. Dore, dore, umukiga w’umunyakazu, nkuko abyivugira, biragaragara ko Abanyarwanda bataramenya icyo alicyo ! Aramutse asubiye ku butegetsi, kwaheli murabeho ! ]. En somme, la volonté politique des Habyalimanistes (= Banyakazu) de retourner au pouvoir doit être totalement et définitivement détruite. Les F.D.L.R. doivent être liquidées : la place des génocidaires Habyalimanistes n’est pas à la tête d’une organisation humaine, mais plutôt à la barre du tribunal.

Pour abattre le Totalitarisme moderne rwandais datant du 05 juillet 1973, il faut des hommes et des femmes extrêmement déterminés. La résistance au Totalitarisme moderne rwandais est un devoir qui implique la condamnation scientifique dans les termes les plus durs car, abandonné à lui seul, aucun peuple n’est capable de culbuter le colonialisme et le Totalitarisme moderne. Les armes modernes sont infernales. L’intervention de la communauté internationale est donc absolument nécessaire. Voilà la nouvelle Sociologie politique rwandaise innovée par le Mouvement Centriste Révolutionnaire rwandais (= M.C.R.).

Voici ci-après, les résolutions en revue :

1580 (XV) 20 DECEMBRE 1960 QUESTION MWAMI

1605 (XV) 21 AVRIL 1961 QUESTION DE L’AVENIR DU RUANDA-URUNDI

III. Le Rwanda sous le régime intérimaire belge postrévolutionnaire

A. Le fondement légal du régime intérimaire belge postrévolutionnaire

Le régime intérimaire belge postrévolutionnaire trouvait son fondement légal dans le mandat accordé par l’ONU à la Belgique sur le Ruanda-Urundi, dans les ordonnances n° 081/227, n° 081/225 et n° 081/226 ainsi que dans la déclaration gouvernementale belge du 10 novembre 1959. En un mot, après la Révolution rwandaise, beaucoup de Tutsi étaient emprisonnés ou alors, persécutés et traqués, ils avaient été contraints de fuir. La Belgique décida de faire nommer des intérimaires et de subdiviser le territoire. En attendant de subdiviser le pays dans de nouvelles entités administratives regroupées en communes et en territoires, le pays fonctionnera dans l’ancienne structure administrative animée par des intérimaires nommés. L’ancien conseil supérieur du pays devenait dans l’entre-temps le conseil spécial provisoire du pays.

B. La déclaration gouvernementale belge

Ce fut le 10 novembre 1959 qu’eut lieu la déclaration gouvernementale belge tant attendue sur la politique que la Belgique entendait appliquer au Rwanda et au Burundi après la Révolution rwandaise de 1959. D’abord, le pays devait fonctionner dans l’ancienne structure animée par des intérimaires nommés. Par parenthèse, la mission de visite de l’O.N.U. de 1960 a fait remarquer que la déclaration en question donnait lieu à des interprétations contradictoires. On trouvera le texte de la déclaration dans Rwanda politique page 160 – 167 (Nkundabagenzi, Le Rwanda politique 1958-1960, 1962). Ensuite, en vertu de cette déclaration, le Ruanda-Urundi ne serait plus subordonné au gouvernement général du Congo belge, attendu que cette colonie devait recevoir dans peu l’indépendance. L’ancien vice-gouverneur général Jean-Paul Harroy deviendrait résident général. Les sous-chefferies agrandies deviendraient des communes. Les chefferies deviendraient des entités purement administratives et non plus des entités politiques. En attendant les élections communales, l’ancien conseil supérieur du pays devint le conseil spécial provisoire du pays. Par parenthèse, après les élections communales, il deviendra le conseil du Rwanda. Bref, le conseil spécial provisoire du pays comprenant le Mwami exercerait le pouvoir législatif local qui lui serait progressivement attribué. À la tête des deux pays, existerait la communauté de fait constituée par le gouvernement du territoire du Ruanda-Urundi.

Ce document fut mis en termes juridiques par le décret intérimaire du 25 décembre 1959 (c’est-à-dire en attendant les élections communales) (cfr Rudipresse, n°159, 16-1-1960, 1 – 5). Par ailleurs, conformément à ce décret intérimaire, l’ordonnance n° 221/30 de la même date porta désignation des membres du conseil spécial provisoire du pays, lesquels représentaient les partis politiques RADER, PARMEHUTU, APROSOMA et UNAR. A la même occasion, François Ruzibiza, frère du Mwami Kigeli V Ndahindurwa, fut nommé conseiller spécial du Mwami et à ce titre, membre du conseil spécial provisoire du pays (le Mwami ne pouvant pas y siéger en guise de séparation des pouvoirs). Le Mwami était donc lui-même représenté par son demi-frère François Ruzibiza. Joseph Gitera et Aloys Munyangaju y représentaient l’APROSOMA. Le parti PARMEHUTU mandata Dominique Mbonyumutwa et Anastase Makuza pour le représenter au sein du conseil spécial provisoire du pays. Grégoire Kayibanda ne voulut pas y entrer pour pouvoir mieux coordonner les activités de son très grand parti politique. L’UNAR et le RADER y était également représentés. Le conseil spécial provisoire du pays était l’organe suprême indigène qui regroupait les quatre grands partis (APROSOMA, RADER, PARMEHUTU, UNAR) et dont la mission était de veiller à ce que le Mwami Kigeli V Ndahindurwa régnât en Mwami constitutionnel, au dessus des partis. L’installation du conseil spécial provisoire du pays eut lieu à Kigali le 4 février 1960 et Kigeli V Ndahindurwa eut la malencontreuse idée de ne pas y assister. Dans son allocution d’installation, M. Harroy exprima, à juste titre, les regrets pour cette absence (cfr Rudipresse, n° 155, 6-12-1960)

Au reste, il est à noter qu’à cette époque, à partir du mois de novembre 1959, conformément à la déclaration gouvernementale belge, le Rwanda fut placé sous le régime intérimaire, de sorte que toutes les chefferies et sous-chefferies furent attribuées aux représentants des partis politiques APROSOMA, PARMEHUTU et RADER. Les membres de l’UNAR qui détenaient presque le monopole de toutes ces places furent écartés, d’autant plus que la plupart d’entre eux étaient soit prévenus, soit détenus, voire même condamnés. Par exemple François Rukeba, président de l’UNAR, fut condamné à 6 ans de servitude pénale le 22.02.1960. Quoiqu’exilés en Afrique britannique, d’autres membres de l’UNAR furent condamnés par contumace. Ceux d’entre eux qui n’étaient pas recherchés par la justice restèrent dans le pays et essayèrent d’encourager leurs partisans, mais au fait, les chances de l’UNAR de gagner étaient pratiquement minces. L’avantage qu’avait l’UNAR au début était passé à ses adversaires.

C. Les élections communales

  1. Le calendrier des élections communales et le suicide de l’UNAR

Dans le cadre de la déclaration gouvernementale belge du 10 novembre 1959, avaient été prévues les élections communales. L’UNAR réclamait qu’elles fussent reculées d’au moins trois mois, compte tenu des événements survenus au Rwanda et de l’état d’exception qui limitait ses mouvements. La tutelle belge sembla d’abord prendre la proposition en considération, mais prit finalement la décision de maintenir le mois de juin 1960 qui avait été fixé auparavant. En somme, contrairement aux exigences de l’UNAR, les élections étaient retardées de 3 semaines seulement. Au même moment, Rudipresse n° 173 du 4 juin 1960, page 11–12, publia la liste des communes provisoires établie par le conseil spécial provisoire du pays.

C’est alors que se produisit un geste maladroit de l’UNAR. Le comité UNAR de l’étranger lança en effet sous la signature de Michel Rwagasana, secrétaire général du parti, un tract anti-Belge. C’est un réquisitoire contre le gouvernement belge, lui reprochant de ne pas suivre l’avis de la mission de visite de l’ONU qui l’avait invité à postposer lesdites élections communales et à les rapporter à janvier 1961, à organiser le plus tôt possible une table ronde à Bruxelles et à recevoir rapidement les fonctionnaires de l’ONU pour aider la Belgique à redresser la situation, etc. Le communiqué se termina par l’ordre donné aux membres de l’UNAR de l’intérieur :

  • De se retirer du conseil spécial provisoire du pays s’ils s’y trouvent ou pourraient s’y trouver ;
  • De ne pas participer aux élections communales confidentielles et anti-démocratiques prévues pour le 27 juin, élections imposées par l’occupation militaire et destinées à fausser tout le processus du recouvrement de l’indépendance nationale, etc.
  • Et déclara exclu du parti au 1er juin 1960 tout membre de l’UNAR qui participerait aux travaux du conseil spécial provisoire du pays et à ses élections anti-démocratiques prévues par le communiqué n° 13 du résident militaire du Rwanda.

En conséquence, l’UNAR de l’intérieur obtempéra sans plus. On peut dire que cette décision prise de l’extérieur élimina définitivement l’UNAR en tant que force politique réelle. Les dirigeants de l’UNAR exilés se sont comportés en quelque sorte comme des égoïstes. Pour eux, les élections qui ont pour but de désigner de nouveaux dirigeants autres qu’eux-mêmes sont indésirables. Il est étonnant que les dirigeants de l’intérieur n’aient pas compris que ces élections communales constituaient le tremplin irremplaçable pour le jeu politique de l’avenir. Tout bien considéré, ce parti s’est suicidé. Obligés de se conformer à la fameuse décision venant de l’étranger, les représentants de l’UNAR au conseil spécial provisoire du pays donnèrent leur démission. Par-dessus les inconvénients subséquents à cette décision naïve, ceux-ci permettaient ainsi à leurs adversaires de délibérer entre eux, sans plus aucune gêne. Ils leur laissaient à eux seuls l’usage des moyens matériels attachés à cette fonction tout juste aux approches des élections. Il est vrai que, pour son malheur, l’UNAR n’en faisait aucun cas. En tout cas, il est aberrant de prendre ce Michel Rwagasana pour un héros national. C’était un gribouille.

  1. Le colloque de Bruxelles boycotté par l’UNAR

Le Mwami Kigeli V Ndahindurwa resta prisonnier de ses conseillers occultes de l’UNAR et ne tarda pas à entrer en conflit avec le conseil spécial provisoire du pays en refusant de régner en Mwami constitutionnel. Il refusait de signer les actes du conseil spécial provisoire du pays et les membres les faisaient signer par le résident spécial, en l’occurrence le colonel BEM Guy Logiest. C’est sur ces entrefaites que le gouvernement belge décida que le colloque suggéré par la mission de visite de l’ONU aurait lieu à Bruxelles du 30 mai au 4 juin. Mais, le MDR-PARMEHUTU, l’APROSOMA et le RADER qui venaient juste de se constituer en un front commun déclarèrent l’impossibilité qu’il y avait pour eux de collaborer avec le Mwami Kigeli V Ndahindurwa. Dès lors, il était clair que le boycottage des élections par l’UNAR laissait le sort de la monarchie à leur merci au point qu’ils décidèrent à leur convenance du sort de Kigeli V Ndahindurwa. Bien plus, la démission du conseil des membres de l’UNAR provoqua une reconsidération sur la nature du colloque, en vertu du juridisme européen, dont les politiques rwandais, animés du réalisme africain, n’avaient même pas eu la moindre idée de ménager les formes. En effet, ces membres du conseil spécial provisoire du pays qui écartaient toute collaboration avec Kigeli V Ndahindurwa étaient ses conseillers spéciaux. Pour cette raison, le gouvernement belge renonça à organiser un colloque de couleur politique et invita le conseil spécial provisoire du pays en tant que tel, abstraction faite des partis politiques que ses membres représentaient. Ipso facto, l’UNAR était perdue. C’est ainsi que le boycottage des élections communales par l’UNAR fut complété par une nouvelle faute grave aux dépens de ces apprentis politiques, de telle sorte que l’organisation politique du pays irait s’esquisser en leur absence. Ils n’ont même pas songé que, du moins pour l’Histoire, ils pouvaient incarner dans les textes leur point de vue.

Le colloque de Bruxelles eut lieu les 2 et 3 et approuva les conclusions le 7 juin 1960. Au nombre de ces dernières, on releva contre l’UNAR le fait que l’incitation de s’abstenir du vote aux élections prévues était érigée en infraction (Rudipresse, ibd. P.15). Dès lors, l’abstention n’avait aucune signification. Devant la détermination du conseil spécial provisoire du pays où il n’y avait plus d’UNAR, le Mwami se sentit fatigué et vaincu. C’est dans ces conditions qu’il alla assister aux festivités de l’indépendance du Congo. De retour, il fut assigné par le colonisateur belge à résidence surveillée à Bujumbura. C’était le 25 juin 1960. Les élections communales eurent donc lieu le 26 (= au lieu du 27 juin précédemment annoncé) en son absence. La Belgique voulait l’empêcher de faire boycotter les élections et de former un gouvernement rwandais en exil. Kigeli V Ndahindurwa et l’UNAR saisirent l’ONU dans le dessein de faire invalider les élections communales qui venaient d’être faites sans leur participation et au mépris de leurs exigences de les suspendre de plusieurs mois. Kigeli V Ndahindurwa et l’UNAR se faisaient des illusions. Il ne fallait pas refuser de participer aux élections.

  1. Les résultats des élections communales

Au terme des élections, le RADER obtint 209 sièges de conseillers communaux (6,6%) ; les deux composantes de l’APROSOMA 233 sièges (7,4%) dont 223 dans le territoire d’Astrida (Butare) et 10 dans celui voisin de Nyanza. Ainsi, l’APROSOMA se révéla-t-il purement régional. Le grand gagnant de la consultation fut le MDR-PARMEHUTU qui obtint 2 390 sièges (70,4%) sur les 3 125 en compétition. Les autres petits partis locaux qu’il serait long de détailler obtinrent ensemble 243 sièges (7,9%). Dans les zones où le RADER ne se présentait pas, ou bien là où sa récente conversion au royalisme n’avait pas été prise au sérieux, une fraction notable de l’UNAR se présenta aux élections malgré les consignes d’abstention. Elle obtint 56 sièges de conseillers communaux (1,7%). (cfr tableau détaillé dans Rwanda politique, p. 272). Ce succès électoral des partis républicains fut un coup dur pour l’UNAR. Quant au RADER qui avait escompté recueillir un succès grâce à son rapprochement extérieur avec les partis majoritairement hutus, il fut déçu et préféra se retirer du front commun en dénonçant le caractère antidémocratique des élections qu’il avait perdues. Se joignant à l’UNAR et à Kigeli V Ndahindurwa, il introduisit un recours aux nations unies en vue de faire invalider les résultats des élections. Pratiquement désavoués à l’intérieur, les monarchistes allèrent tenter leur dernière chance en s’appuyant sur l’extérieur.

Assurés de l’appui des masses, les républicains concentrèrent leurs revendications sur trois points : la déchéance du Mwami, l’organisation d’élections législatives et l’installation d’un gouvernement provisoire. Le 8 juillet 1960, au lendemain des élections communales, le MDR-PARMEHUTU et l’APROSOMA réclamèrent les élections législatives alors que, manifestement, le Mwami était gardé en résidence surveillé à Bujumbura. Devant les hésitations de la tutelle belge fort combattue aux nations unies par les leaders tutsis brandissant le drapeau de l’anticolonialisme, les Hutu exigent, dans un télégramme adressé au résident général, un gouvernement responsable du pays en remplacement du Mwami défaillant. Au fait, les manœuvres du Mwami et de l’UNAR aux nations unies faisaient redouter l’entrée en jeu de celles-ci pour remettre les Tutsi au pouvoir et contraindre la Belgique, mal vue après l’indépendance du Congo, à abandonner anticipativement la tutelle sur le Ruanda-Urundi.

Par parenthèse, le fait que la Belgique était effectivement très mal vue par la communauté internationale est attesté par l’ancien résident général Jean-Paul Harroy dans ses mémoires comme suit : « Il ne faut pas oublier, en effet, que les événements congolais postérieurs au 30 juin 1960, étaient encore dans toutes les mémoires et que la côte belge, en général, était déplorablement basse un peu partout » (Harroy, 1984), page 395. La Belgique s’était tellement accrochée au Congo, au Ruanda-Urundi que toute la communauté internationale en était très indignée. La perte inattendue du Congo a causé à la Belgique un traumatisme incommensurable. Elle s’imaginait qu’elle y resterait plusieurs siècles des siècles. Aux nations unies, certains pays l’écrasaient de mépris spécialement l’URSS, le Cuba, l’Éthiopie, la Yougoslavie, etc. Ses représentants suaient d’angoisse. Pauvre colonisateur belge !

D. La riposte de l’UNAR et les erreurs politiques du Mwami Kigeli V Ndahindurwa

On a vu que Kigeli V Ndahindurwa était consigné en résidence surveillée à Bujumbura durant que les élections communales se préparaient et se déroulaient au Rwanda. Il dut s’irriter de cette mesure et pensa y porter efficacement remède en prenant l’avion pour Léopoldville le 25 juillet 1960, une année jour pour jour après la mort de Mutara III Rudahigwa. Ainsi compliquait-il son cas en allant traiter directement avec Dag Hammarskjöld, secrétaire général de l’ONU, qui était attendu pour le 28 dans la capitale congolaise où résidait déjà M. Ralph Bunche, secrétaire général adjoint de l’organisation internationale (Rudipresse, n° 182 du 30 juillet 1960, p. 9). Kigeli V Ndahindurwa semble avoir été induit en erreur par le fait que les autorités de l’ONU, en vertu d’une résolution du conseil de sécurité, s’occupaient directement du Congo déjà indépendant pour y ramener l’ordre. Mais le Rwanda n’avait pas encore recouvré son indépendance. Le fut-il même à l’époque qu’il n’avait pas le poids d’un Katanga pour déchaîner les foudres de l’ONU contre la Belgique. En soi, la démarche de Kigeli V Ndahindurwa impliquait la non reconnaissance de la souveraineté belge sur le Rwanda à moins que, – ce qu’il ne pouvait s’imaginer même en songe -, il ne se rabaissât au niveau d’un simple pétitionnaire, dont la qualité pouvait seule justifier le recours direct aux instances de l’ONU. Et qui pis est, dans ce cas, le pétitionnaire Ndahindurwa Jean Baptiste ne pouvait intenter le recours qu’auprès de la commission du conseil de tutelle, mais non auprès de M. Dag Hammarskjöld, qui avait rang de chef d’État. Il adressa à ce dernier un mémorandum attaquant violemment la Belgique et tendant à couper définitivement les ponts. Il y proposait que l’ONU retirât à la Belgique le mandat qui lui avait été confié et l’exerçât directement en vue de conduire le Rwanda à l’indépendance dans l’ordre et la sécurité ; qu’elle organisât les élections libres et démocratiques, préliminaires nécessaires à la mise en place de nouvelles institutions (voir le texte de ce mémorandum dans Rwanda politique, p. 275 – 276).

Il est à faire remarquer que dans ce mémorandum, Kigeli V Ndahindurwa s’était bien gardé de parler du Burundi, et parlait uniquement du Rwanda. Or, il s’agissait là d’un sujet de droit inconnu de ses interlocuteurs. Il n’y avait, à leur point de vue, que le fictif Ruanda-Urundi. Et qui pis est, il avait outrepassé ses pouvoirs eu égard à son serment de régner en roi constitutionnel. C’est par le conseil spécial provisoire du pays, en effet, qu’il était obligé de traiter des affaires du pays avec les tiers. Et voilà le gaillard entrain de se comporter comme un monarque absolu. Par conséquent, apprenant, par un communiqué de l’agence congolaise de presse (ACP), ce qui s’était passé à Léopoldville, les membres dudit conseil de Kigali se hâtèrent de désavouer les actes de Kigeli V Ndahindurwa dont ils n’avaient pas préalablement été informés et qu’ils n’approuvaient pas (Rudipresse n° 188, du 10 septembre 1960, p.4). Ce fut une avalanche de télégrammes et de protestations que les partis politiques républicains adressèrent, soit au résident général, soit à S.M. Baudouin I. Pour sa part, le résident général en adressa deux lui-même à son ministre citant le contenu de ceux des partis politiques (Rwanda politique, p. 276 – 278).

IV. Le Rwanda sous le régime militaire belge postrévolutionnaire

A. Le fondement légal du régime militaire belge postrévolutionnaire

D’après Rudipresse n° 143 du 14 novembre 1960 : « Le 9 novembre 1960, des décisions furent prises conjointement par le vice-gouverneur général Jean-Paul Harroy et le Mwami du Rwanda Kigeli V Ndahindurwa Jean-Baptiste, plaçant toute l’action des forces de l’ordre sous un commandement unique, celui du colonel BEM Logiest et adressant un solennel appel à la population pour que cessent immédiatement les luttes fratricides endeuillant le pays ». Le même jour, le vice-gouverneur général signait à Kigali l’ordonnance législative n° 081/227 plaçant le Rwanda sous le régime militaire, dont les articles essentiels constituent des avertissements contre les agissements du parti politique UNAR. Une autre ordonnance signée le même jour (n° 081/228) mettant en exécution la précédente, plaçait le Rwanda sous l’état d’exception et le colonel BEM Logiest était nommé résident militaire, revêtu des attributions et des pouvoirs définis par l’ordonnance législative. Celui-ci était arrivé au Rwanda, -juste après l’éclatement de la Révolution rwandaise-, à la tête des renforts venus d’Usumbura et des stations congolaises de Goma, Rumangabo, Bukavu, Watsa et Kamina entre le 9 et le 12 novembre 1959. Aux dires du général belge Janssens, dans ses mémoires « j’étais le général Janssens », pages 128 – 129, le vice-gouverneur général avait donné les pouvoirs civils aux militaires sans trop rechercher à appuyer cette décision sur des bases légales. Le colonel Janssens passa donc la journée du 10 novembre à aider le vice-gouverneur général à établir avec ses juristes l’application au Rwanda des textes légaux congolais sur l’état d’exception et le régime militaire spécial des tribunaux. Ceci explique comment, pour remplacer les ordonnances signées le 9 novembre à Kigali, monsieur le vice-gouverneur général en signa deux autres, l’une législative n°081/225 sur le régime militaire, et l’autre n° 081/226 mettant la première en exécution et soumettant le Rwanda au régime militaire tel que défini par la législative (Rudipresse, n° 144 du 21 novembre 1960, page 4).

B. Création de l’armée mono régionale belgo Kiga

  1. Divergences de vues belgo-belges

A ce stade des événements, agacé, le Premier ministre belge envisagea l’abandon anticipé pur et simple de la tutelle sur le Rwanda. Il commençait à en avoir assez avec ce Rwanda. Il avait le soutien du ministre des affaires africaines. Par contre, le ministre belge des affaires étrangères, Mr Wigny, intervint énergiquement en rappelant que le régime de tutelle et l’accord de tutelle passé entre la Belgique et l’ONU ne prévoyait pas cette procédure. Le ministre des affaires africaines marqua son accord avec le point de vue de son collègue des affaires étrangères et revint partiellement à la raison. Toutefois, il semble que le point de vue de M. Wigny ne soit pas parvenu à ébranler totalement la thèse qu’il combattait. Le Premier ministre belge ne fut pas tout à fait convaincu. Pour lors, le gouvernement belge envisagea de solliciter auprès de M. Dag Hammarskjöld, non seulement un observateur permanent au Rwanda, mais encore l’intervention de soldats de l’ONU pour collaborer avec les troupes belges au maintien de l’ordre, si bien que l’organisation des élections législatives devait être écartée. (Ibid. P. 281 ssv). Mais, M. Wigny ne démordit pas. À son avis, vu l’atmosphère qui régnait à l’ONU par suite de l’affaire congolaise, l’abandon anticipé de la tutelle sur le Ruanda-Urundi irait faire perdre la face un peu plus à la Belgique. Ses collègues, au contraire, estimaient que, pour mieux défendre l’essentiel qu’était le Katanga, il fallait céder sur les points secondaires tels que le petit Ruanda-Urundi.

Tout bien considéré, à Bruxelles, c’était la prudence qui prévalait. Le conseil de cabinet du 19 août 1960 marqua donc son désaccord à l’organisation d’élections législatives prévues en janvier 1961 de crainte de voir se constituer une assemblée hutue homogène. Le même conseil estimait que les institutions devraient comporter, grâce à une formule de compromis, une représentation tutsie suffisante. Conséquemment, l’administration locale belge, qui était 100% pro Hutu, protesta contre cette prise de position gouvernementale belge qualifiée de malheureuse. L’administration locale belge au Rwanda considérait que le Rwanda n’était pas du tout un point secondaire. Ici des hommes en chair et en os s’étaient affrontés. Elle s’y était créé des amis (= les Hutus) qu’elle considérait comme des protégés à défendre jusqu’au bout. Par ailleurs, après l’assassinat du Mwami Mutara III Rudahigwa Se-Muco, elle s’y était créé aussi des adversaires (= les Tutsi) qu’il fallait mettre en échec jusqu’au bout. Cette politique de Bruxelles qui donnait la priorité au plan international risquait de tout remettre en question. Les acteurs impliqués dans les événements du Rwanda, certains sans dominer leur nervosité, décidèrent de conjurer ce malheur. Il apparaît ainsi qu’une divergence assez nette existait entre la politique préconisée à Bruxelles par le gouvernement et celle de M. Harroy et de l’administration locale belge au Rwanda.

En ce moment, le résident général Jean-Paul Harroy avait reçu les directives du conseil des ministres ci-après : « Pas d’élections législatives en Janvier 1961, représentation adéquate au sein de l’exécutif de Bahutu et de Batutsi ». Ceci coïncidait en quelque sorte avec les vœux de Kigeli V Ndahindurwa. Le 29 août 1960, le résident spécial du Rwanda, le colonel BEM Guy Logiest réagit devant cette attitude du gouvernement. Il écrivit au ministre des affaires africaines un courrier pressant et très nerveux. Il regrettait amèrement que le conseil des ministres n’ait pas voulu l’entendre. Il plaidait contre la réconciliation entre les Hutu et les Tutsi qu’il appelait des extrémistes et des terroristes. Au vu du courrier de son adjoint de Kigali, en l’occurrence le colonel BEM Guy Logiest, le résident général de Bujumbura écrivit, à son tour, en date du 31 août 1960, un courrier au ministre des affaires africaines dans lequel il défendait la même thèse que le colonel Guy Logiest, mais en termes plus diplomatiques. Le plan d’action qu’il soumit à son supérieur était assorti d’arguments et de propositions propres à faire modifier l’attitude du gouvernement de Bruxelles (lire sa lettre Ibid. P. 282 – 283).

  1. Création de l’armée mono régionale belgo Kiga

Or, le colonel BEM Guy Logiest était un aventurier très redoutable. Si les élections communales avaient constitué un fait politique aux conséquences irréversibles, il ne restait pas moins vrai que le gouvernement de Bruxelles pouvait tout remettre en question, par exemple en remplaçant, sur les lieux, le personnel de direction par des fonctionnaires nouveaux prêts à exécuter fidèlement les ordres reçus de Bruxelles. Il pouvait donc retirer tous ces coloniaux opposés à ses prises de positions. L’administration coloniale locale belge en avait peur. Cette possibilité fut conjurée par la création secrète de la garde nationale. Ni le gouvernement belge, ni Kigeli V Ndahindurwa, ni les partis politiques rwandais, personne n’en savait rien. Il faut donc arrêter de raconter que c’est le gouvernement belge ou Grégoire Kayibanda Se-Bwigenge qui ont fait ça. C’était un secret militaire de l’administration coloniale locale belge. Voilà la semence du chaos rwandais contemporain ! Cette décision datée du 13 septembre 1960 s’imposait spécialement pour le Rwanda, mais devait concerner le Rwanda et le Burundi. C’est pourquoi elle n’eut pas la même signification pour les deux pays. Au Rwanda, le dessein du colonel BEM Guy Logiest était de donner aux Hutu, de préférence aux Hutu Bakiga dits non métissés, une armée moderne de manière à leur permettre de se défendre contre les Tutsi, quoi qu’il arrivât.

Cela va sans dire que quelle que fût la poursuite de la réalisation du plan de Bruxelles, le fait était que la garde nationale ne pouvait pas être dissoute et que toute autorité rwandaise imposée de l’extérieur devrait compter avec ce fait politique qui consolidait définitivement les positions du MDR-PARMEHUTU. Celui-ci disposait désormais d’un instrument contre lequel personne ne pouvait plus rien modifier, en l’occurrence l’armée. Malheureusement c’est dans ces circonstances que pour être sûr de mettre définitivement en échec les Tutsi, l’administration locale belge figurée par Jean-Paul Harroy, Guy Logiest et De Paeuw, sur conseil de Jan Vansina et Marcel D’Hertefelt, résolut de mettre en place une armée mono régionale de Hutu non métissés Bakiga : celle-là même qui commettra la contre-révolution rwandaise et mettra sur pied au Rwanda un régime tyrannique et totalitaire Akazu, pour le plus grand malheur du peuple rwandais entier. Voilà la racine principale du chaos rwandais contemporain. Celui-ci a été semé par Jean-Paul Harroy, Guy Logiest, Léon De Paeuw, Jan Vansina, Marcel D’Hertefelt, François Vanderstraeten, l’abbé Naveau et Machin Chouette.

En ce qui concerne le Rwanda, il apparaît donc que la création de la garde nationale rwandaise s’inscrivait formellement dans le cadre de cette lutte entre Bruxelles et l’administration locale belge. Vu la date et les circonstances, il est naturel de conclure cela, d’autant que le premier contingent fut recruté par Guy Logiest sur conseils des chercheurs coloniaux de l’IRSAC (Jan Vansina, Marcel D’Hertefelt) de préférence dans les régions du Nord où aucun métissage entre Hutu et Tutsi n’avait été opéré, croyaient-ils. Pour mieux contrôler d’une part les Tutsi et d’autre part les Hutu dits éthiopides c’est-à-dire les révolutionnaires Hutu du Nduga, les chercheurs coloniaux belges (Jan Vansina et Marcel D’Hertefelt) avaient recommandé au colonel Guy Logiest la mise sur pied d’une armée de Hutu non métissés Bakiga. Comme ça, on était sûr que les Tutsi seraient réprimés et en même temps, on disposait d’une solution efficace de rechange au cas où les révolutionnaires Hutu Banyenduga ne servissent pas assez les intérêts de la Belgique. Ici réside le 36ème centre de la spirale de la violence rwandaise imputable à l’administration coloniale locale belge. C’est ça le germe de la destruction de la révolution rwandaise et du Rwanda. Il a été planté par la Belgique. C’est-à-dire cette garde nationale mono régionale Kiga, expressément voulue par le colonisateur belge dans les intérêts de la Belgique. Au fait, c’est la Belgique qui a créé l’Akazu. Ses parrains sont Jean-Paul Harroy, Guy Logiest, Léon De Paeuw, Jan Vansina, Marcel D’Hertefelt, François Vanderstraeten, l’abbé Naveau et Machin Chouette. L’armée rwandaise a été mise sur pied dans un contexte mesquin belgo-belge. Les circonstances étaient d’ailleurs très favorables pour la mesquinerie de l’administration locale belge au Rwanda. [Aha hantu harakomeye cyane hagomba kwitabwaho. Igisilikare cy’U-Rwanda cyashyizweho mu matiku menshi cyane, ali nayo nyine yatumye kiba Akazu].

Bref, au lieu de revenir sur ses positions, le gouvernement belge, ne connaissant pas les dispositions militaro-politiques secrètes de l’administration locale belge, engagea le résident général Harroy à mettre à exécution les prescriptions du conseil des ministres. D’une part, Jean-Paul Harroy et le colonel Guy Logiest disaient oui au gouvernement belge et d’autre part ils faisaient tout ce qu’ils voulaient sur terrain. Le gouvernement belge ne savait même pas qu’une armée mono régionale belgo Kiga venait d’être créée au Rwanda avec l’aide de l’IRSAC et des missionnaires belges du Nord du Rwanda, notamment l’abbé Naveau. Ceux qui disent que c’est Grégoire Kayibanda Se-Bwigenge qui l’a fait sont des menteurs. Grégoire Kayibanda Se-Bwigenge n’était qu’un dirigeant de parti politique (= au fait, le rassemblement majoritaire). Dominique Mbonyumutwa, quant à lui, était un militant au parti politique de Grégoire Kayibanda. En vérité, l’école des officiers a été fondé le 10 novembre 1960 grâce au document secret manipulant signé la veille (= le 09 novembre 1960) par Jean Paul Harroy et le Mwami Kigeli V Ndahindurwa. Tant que c’était lui que l’ONU reconnaissait, c’était lui le Mwami du Rwanda. Sa signature était la seule signature indigène autorisée. Hélas, le Mwami du Rwanda a été roulé. On lui faisait signer des choses apparemment très constructives, mais en réalité remplies de pièges et de trop mauvaises intentions. Personne ne contrôlait Jean-Paul Harroy, Guy Logiest, Jan Vansina, Marcel D’Hertefelt, André Coupez, Léon De Paeuw et autres escrocs coloniaux belges de tout acabit que le colonisateur belge ne cessait de déverser sur le territoire rwandais, même pas le gouvernement belge. Ils ont fait du Rwanda tout ce qu’ils ont voulu. Le plus grand malheur du peuple rwandais est justement d’avoir été colonisé par ces démons. Le Mwami Kigeli V Ndahindurwa n’a jamais su que ce qu’il a signé le 09 novembre 1960, impliquait, le lendemain même, la création secrète d’une armée mono régionale Belgo Kiga destinée à opprimer les Tutsis et à réduire l’importance naissante des révolutionnaires Hutu dits éthiopodes. C’est Kigeli V Ndahindurwa qui a signé cela. Il ne s’agit aucunement de Grégoire Kayibanda. Celui-ci se retrouvera, le 01 juillet 1962, fatalement devant le fait accompli belge d’une armée mono régionale belgo Kiga. Dès lors, il ne restera plus aux néocolonialistes belges et à leur chouchou Juvénal Habyalimana Rutemayeze qu’à l’instrumentaliser et à la régionaliser davantage pour faire le contrepoids et tenir le révolutionnaire Grégoire Kayibanda Se-Bwigenge en échec. Même au Rwanda à nouveau indépendant, les intérêts du néocolonialisme belge primeront sur toute autre considération. Cette histoire est rocambolesque.

Bref, malheureusement encore pour le Rwanda, entre-temps, le ministère des affaires africaines reçut un nouveau ministre en la personne du Comte d’Aspremont-Lynden. Voilà le malheur d’être colonisé par la Belgique. Les Belges s’entendaient rarement. C’était une foire là-bas. C’était la discontinuité permanente. Or, un ministre belge suivait rarement la politique du ministre précédent. Peu au courant du fait accompli qui mettait son plan en échec au Rwanda, Bruxelles continua à se faire des illusions. Bruxelles était déphasée. Et c’est alors que l’administration locale belge manipula tout à plaisir. Les coloniaux belges avaient des intérêts personnels à sauver au Rwanda. Ils les sauveront quoiqu’il arrive. Sur le terrain au Rwanda, l’administration locale belge était entrain de mettre secrètement sur pied une armée mono régionale Belgo Kiga, à leur solde, destinée à réprimer les Tutsi et à maîtriser militairement les révolutionnaires hutus éthiopides métissés Banyenduga. À Bruxelles, on spéculait. C’était ça la Belgique coloniale, c’est-à-dire un état-non nation fédéral difforme. Voilà le nœud principal du conflit rwandais qui explosera d’abord en 1973, ensuite en 1990-1994 et se compliquera alors plus que jamais avec le retour au pouvoir de la noblesse tutsie : celle-là même que l’administration locale belge voulait écraser définitivement en 1959-1962. La bourgeoisie hutue corrompue servira de jouet au néocolonialisme belge. Historiquement, ce sont donc les Tutsi qui vaincront définitivement le néocolonialisme belge et qui l’éjecteront. Les Tutsi sont des Bagabo. Les principaux acteurs du néocolonialisme belge sont Jan Vansina (= un colonial belge retors, un vautour, la pire excrétion du colonialisme belge), Marcel D’Hertefelt, Jean-Paul Harroy, Guy Logiest et Léon De Paeuw, la responsable étant bien sûr la Belgique. Le problème n’était pas la révolution rwandaise (même des Tutsi étaient d’accord que la société rwandaise devait changer, y compris Mgr Alexis Kagame Se-Mateka) mais plutôt la manipulation de la révolution rwandaise par la Belgique en vue de ses propres et uniques intérêts supérieurs. Aux yeux de la Belgique, le peuple rwandais, ça ne voulait absolument rien dire. Toutefois, il importerait de nuancer quand même ces propos. Il existe de très nombreux Belges corrects. Ce n’est pas la Belgique qui est mauvaise mais une espèce d’individus qu’on connaît très bien, notamment les Jan Vansina, Marcel D’Hertefelt, Jean-Paul Harroy, Guy Logiest, André Coupez, Léon De Paeuw, l’abbé Naveau et autres escrocs coloniaux belges de tout acabit. Il importerait aussi que les jeunes générations belges les connaissent. Ces bourriques ont traumatisé l’ex-Afrique belge. La Belgique est évidemment responsable puisqu’ils l’ont engagée.

C. Les institutions provisoires

  1. Mise sur pied d’un gouvernement provisoire

Après les élections communales dont les résultats venaient d’être consolidés par la création de la garde nationale, le Rwanda avait acquis un fait politique irréversible. Le parti UNAR n’avait plus aucune chance de se remettre en selle, quelles que pussent être les protections dont il pouvait se leurrer, notamment de la part des nobles tutsistes occidentaux. Aussi, les pétitionnaires unaristes vont-ils développer à l’ONU une activité remarquable qui obtiendra des résultats si remarquables, mais d’avance réduits à néant. Il y a lieu de résumer les faits.

Le nouveau ministre des affaire africaines, le Comte d’Aspromont-Lynden, arriva sur place, en début d’octobre 1960, afin d’avoir une idée personnelle de la situation au Rwanda et au Burundi. Une série de 17 mémorandums (Rwanda politique, p. 298 – 311) témoigne du souci qu’il a eu d’entendre l’opinion des diverses catégories. Le premier de ces mémorandums émane du résident spécial du Rwanda, le colonel Guy Logiest. La plupart des intervenants y reviendront du reste sous une forme ou une autre. Aussi longtemps qu’il se trouvait à Bruxelles, le ministre suivait la thèse du gouvernement. Mais, une fois sur place, il a fini par se faire une conviction nouvelle, convaincu surtout par les coloniaux belges. Il souhaitait rencontrer Kigeli V Ndahindurwa, mais celui-ci proposa de se faire représenter par une délégation. Il n’avait plus confiance en la Belgique. Alors que le ministre condescendit à accepter la proposition, la délégation ne vint finalement pas non plus. La conclusion en fut, en tout cas, que le ministre touchait du doigt l’impossibilité de faire revenir Kigeli V Ndahindurwa à la raison et, partant, de le faire rentrer au Rwanda afin de composer avec toutes les sous-populations Hutu, Tutsi et Twa en tant que Mwami constitutionnel tel que Bruxelles le souhaitait en sa faveur à son insu. Le ministre dut en être irrité et depuis lors, il changea d’avis à l’égard de la noblesse tutsie qui continuait d’exiger l’annulation des élections communales pendant que l’administration coloniale belge exigeait d’accélérer le processus des institutions provisoires. Compte tenu de tout cela, il est évident que le ministre soumit ses conclusions à ses collègues de Bruxelles et que ceux-ci approuvèrent la politique qui allait faire l’objet du discours prononcé à Usumbura le 17 octobre 1960 sans plus se soucier de l’avis de la noblesse tutsie déchue.

Sans plus tarder, dès le lendemain 18 octobre 1960, le résident général du Rwanda et du Burundi publiait l’ordonnance n° 221/275 qui créait au Rwanda un conseil de 48 membres à nommer après consultation des principaux partis politiques, par le résident général, ainsi qu’un gouvernement provisoire composé d’un chef de gouvernement et de ministres qui pouvaient être assistés de secrétaires d’état. La même ordonnance dissout le conseil spécial provisoire (Rudipresse n° 194 du 22-10-1960, p. 11). À la même date du 18 octobre, par l’ordonnance n°221/276, furent nommés les membres du conseil du Rwanda (ibid. P. 15), tandis que, par l’ordonnance n° 221/279 du 20 suivant, Grégoire Kayibanda était nommé chef du gouvernement provisoire (ibd. P. 12). L’installation du conseil du Rwanda et du gouvernement provisoire eut lieu le 26 octobre 1960. Parmi les membres du conseil du Rwanda, et encore moins parmi les membres du gouvernement, aucun représentant de l’UNAR. Par contre, le RADER, ici plus sensible au jeu politique, est représenté dans le conseil où siège même Prosper Bwanakweli qui présentera sa candidature contre celle de Joseph Gitera pour la présidence. Joseph Gitera fut élu par ses pairs président du conseil du Rwanda. Le directeur des débats est un Européen, M Ackerman, qui est en même temps secrétaire d’état à la justice. Moyennant deux télégrammes, que Rwanda politique (p. 322-323), reprend du quotidien le courrier d’Afrique, Kigeli V Ndahindurwa adressa ses protestations au secrétaire général de l’ONU et à S.M. Baudouin I au sujet de l’installation de ce gouvernement provisoire. Mais les meilleures protestations n’empêchent pas un fleuve de suivre imperturbablement son cours. Plus la noblesse tutsie protestait, plus l’administration coloniale locale belge accélérait.

  1. Le colloque de Gisenyi

Une fois le gouvernement provisoire installé, on songeait à préparer les élections législatives et les structures d’autonomie internes. Le gouvernement belge décida d’organiser un colloque où seraient représentés les partis politiques et le gouvernement provisoire d’une part et les autorités de la tutelle d’autre part. Le colloque s’ouvrit à Gisenyi le 7 décembre 1960. Le RADER et l’UNAR refusèrent de prendre part au colloque. Dans un premier temps, les délibérations se firent en leur absence. Dans ce colloque, il fut décidé que le futur parlement du Rwanda serait unicaméral, dénommé « assemblée législative » et composé de 44 députés. Les circonscriptions électorales seraient formées par les territoires administratifs : chaque territoire élirait 3 ou 4 députés, suivant l’importance de sa population, sauf le territoire surpeuplé d’Astrida (Butare) qui en élirait 8 (Rudipresse n° 201 du 10 décembre 1960, p. 9-10). Entre-temps, les partis RADER et UNAR avaient repris leur place dans l’assemblée.

  1. Les joutes oratoires à l’ONU sur le Rwanda

Pourtant, si la lutte semblait gagnée à l’intérieur, il fallait encore compter avec l’action menée à l’extérieur par le Mwami Kigeli V Ndahindurwa et les ultras de l’UNAR. Au lendemain de l’installation de l’assemblée et du gouvernement provisoires, Kigeli V Ndahindurwa protesta contre ce fait auprès du secrétaire général des nations unies ainsi qu’auprès de sa majesté le roi des Belges. À celui-ci, Kigeli V Ndahindurwa faisait savoir notamment qu’il s’était décidé à solliciter l’intervention immédiate de l’ONU pour le rétablissement de l’ordre et des libertés démocratiques, la protection des personnes et des biens. D’après ce qu’avait déclaré le ministre des affaires africaines dans son discours le 17 octobre précédent à Usumbura, on se préparait aux élections législatives pour le mois de janvier 1961. Mais entre-temps, la mission de visite de l’ONU avait présenté son rapport au conseil de tutelle. À en juger par le communiqué que cette mission de visite onusienne avait publié le 31 mars 1960 à la veille de son départ, elle n’approuvait pas entièrement l’administration belge en ce qui regardait le Rwanda. Aussi, lors de la 15ème session de l’assemblée générale, quand la commission IV du conseil de tutelle aborda le point 45 de son ordre du jour, sur l’avenir du Ruanda-Urundi, l’atmosphère était-elle hostile à l’administration belge, peut-être davantage en fonction des événements du Congo belge qui faisaient qu’on avait plus confiance en elle. Elle ne voulait pas quitter le Congo belge et cela ternissait son image. La Belgique, faut-il le répéter, a quitté le Congo belge, le Rwanda et le Burundi malgré elle, à contrecœur. Elle a trop manipulé et les effets se font d’ailleurs toujours encore sentir aujourd’hui en 2014 en Afrique des grands lacs. C’est ainsi que la discussion générale ouverte le 8 décembre 1960 (1079ème séance et les suivantes) fut dans l’ensemble un réquisitoire ininterrompu dans lequel l’autorité administrative belge était d’une façon prévalente accusée d’avoir organisé les troubles au Rwanda.

  1. Les résolutions de l’ONU

En conclusion de toutes ces discussions, l’assemblée générale (15ème session) vota le 20 décembre 1960 les résolutions dont voici les principaux passages transcrits librement par Mgr Alexis Kagame Se-Mateka :

La 1ère N° 1579 sur l’avenir du Ruanda-Urundi :

Pour assurer une atmosphère de paix et d’harmonie préalable aux élections législatives, l’assemblée générale :

  • Demande instamment à l’autorité administrante de mettre immédiatement en œuvre des mesures d’amnistie générale et inconditionnelle, d’abolir l’état d’exception, de façon à permettre aux militants et dirigeants politiques, exilés ou emprisonnés dans le territoire, de reprendre avant les élections, une activité politique normale et démocratique,
  • Recommande qu’une conférence, où seront pleinement représentés les partis politiques, en présence d’observateurs de l’O.N.U., se tienne au début de 1961 avant les élections législatives, pour concilier les divergences de vue et réaliser l’harmonie nationale.
  • Demande à l’autorité administrante de s’abstenir de se servir du territoire comme d’une base où elle concentrerait, à des fins internes ou externes, des armes ou des forces armées qui ne sont pas strictement nécessaires pour le maintien de l’ordre.
  • Recommande que les élections législatives qui doivent se tenir en janvier 1961 soient renvoyées à une date qui sera fixée lors de la reprise de la 15ème Session de l’assemblée générale.
  • Décide de créer une commission de l’O.N.U. pour le Ruanda-Urundi, composée de trois membres, à laquelle seront adjoints les observateurs et le personnel à désigner par le secrétaire général.
  • Prie ladite commission de se rendre immédiatement au Ruanda-Urundi, en vue d’assister, en qualité d’observateurs, à la conférence politique qui précédera les élections ; de superviser ces mêmes élections ; d’assister à la conférence de la « Table ronde » qui doit être convoquée après les élections ; de donner des avis et prêter son concours selon les besoins ; de rendre compte au conseil de tutelle ou à l’assemblée générale. Le président de la commission soumettra à l’assemblée générale, lors de la reprise de sa 15ème session, un rapport intérimaire sur la suite donnée à la présente résolution.

La 2ème résolution, N° 1580, concernant le cas de Kigeli V :

  • L’assemblée générale regrette que les pouvoirs de Kigeli V aient été arbitrairement suspendus et prie l’autorité adminstrante de reporter ces mesures, de le faire rentrer au Rwanda pour lui permettre d’exercer les fonctions de Mwami, en attendant que la population ait exprimé ses vœux à ce sujet.
  • Elle décide qu’un référendum sera organisé sous la surveillance de la commission pour le Ruanda-Urundi sur l’institution monarchique et sur la personne du Mwami actuel.
  • Elle demande que, lors de la reprise de la 15ème Session, la commission citée, après avoir étudié la situation, présente à l’assemblée générale des recommandations au sujet de la date à laquelle devra se tenir le référendum. (cfr rapport intérimaire de la commission pour le Ruanda-Urundi, 16 mars 1961, n°62).

Après les débats devant la commission IV du conseil de tutelle et l’adoption des résolutions, il est inconcevable que l’autorité administrante belge ne se soit pas sentie offensée et humiliée. Sur place au Ruanda-Urundi, l’administration locale belge attendait avec impatience les instructions de Bruxelles. Concrètement, on avait d’un côté l’ONU aux côtés des monarchistes tutsis et de l’autre la Belgique aux côtés des révolutionnaires hutus. Somme toute, c’est l’ONU qui a été roulée et elle ne tarda pas à s’en rendre compte.

  1. Le colloque d’Ostende

En date du 31 décembre 1960, par le Rudipresse n° 204, page 9-10, le gouvernement provisoire protesta officiellement contre les résolutions de l’assemblée générale des nations unies : l’APROSOMA, aussi, qui, débordant sa propre individualité, parle également au nom du conseil du Rwanda et au nom du MDR-PARMEHUTU. En réaction aux protestations de l’APROSOMA et du gouvernement provisoire, l’UNAR et le RADER adressèrent aux nations unies un télégramme commun de soutien des résolutions, reprenant le contenu des deux résolutions votées à New York.

Au mépris total des résolutions de l’ONU, le résident général communiqua par le Rudipresse n° 204 du 31 /12/1960, page 7, ce qui suit : « A dater du 6 janvier 1961, se tiendra en Belgique un colloque général mettant en présence tous les participants des deux colloques particuliers qui viennent de se tenir pour le Rwanda et pour le Burundi respectivement à Gisenyi et à Gitega. Ce colloque général avait été décidé comme devant constituer la suite logique de ces deux réunions, lesquelles avaient été prévues pour tracer les structures de l’autonomie prochaine des deux pays, ainsi que le régime électoral devant y conduire. Il y a donc lieu, maintenant, en un colloque général, de préfigurer sans retard certaines premières structures communautaires provisoires à mettre éventuellement en place dans le cadre de cette prochaine autonomie politique. A cette nouvelle réunion seront encore, le cas échéant, soulevées d’autres questions d’intérêt général, au sujet desquelles il serait utile de connaître l’avis des actuels représentants des populations ». Il est certain qu’à travers ce texte nullement sibyllin, le gouvernement belge entendait faire payer à l’ONU son manque de courtoisie et les humiliations qu’il en avait subies. En conséquence, le colloque que l’ONU avait prévu après les élections va les précéder et comme l’amnistie n’était pas encore proclamée, les exilés de l’UNAR qui se pâmait d’aise à New York n’y auront pas d’accès. De ce colloque résultera une série de mesures qui mettront l’ONU devant des faits politiques irréversibles sur le terrain. Un proverbe rwandais le dit bien : « Le maître du glaive est celui qui en tient la poignée ». C’était donc une course contre la montre, puisque la commission onusienne pour le Ruanda-Urundi était prochainement attendue au Rwanda. En vérité, la Belgique avait un avantage énorme sur terrain au Rwanda par rapport à l’ONU depuis la présence matérielle jusqu’à l’administration territoriale et aux finances publiques.

L’année 1961 débuta pour le Rwanda par la conférence d’Ostende. Conformément à la résolution 1580 précitée, cette conférence était la dernière tentative pour réconcilier les Hutu et les Tutsi. Ce colloque général qui allait se tenir en Belgique à Ostende réunissait les délégués de tous les partis du Rwanda et du Burundi. Cette fois-ci, l’UNAR était dignement représentée par son président de l’intérieur Rutsindintwarane, accompagné d’Afrika, membre du bureau politique de l’UNAR (Rudipresse n° 205, 7 janvier 1961, p. 11). Il s’ouvrit le 7 janvier 1961. Il eut lieu du 7 au 12 janvier 1961. Ce fut un échec que la commission des nations unies pour le Ruanda-Urundi consigna dans son rapport intérimaire (documents des nations unies, A/4706 du 8 mars 1961).

En résumé, le colloque d’Ostende réédita les mêmes positions déjà défendues en décembre 1960 devant la commission IV du conseil de tutelle à New York. Ceux qui s’accrochaient aux résolutions de l’assemblée générale tenaient à ce qu’elles fussent mises en pratique intégralement, tandis que les autres n’en voulaient rien entendre. Et ils manœuvrèrent en conséquence. Le colloque se termina le 12 janvier 1961. De toute évidence, les élections législatives ne pouvaient plus se dérouler en janvier 1961, car il n’y avait plus de temps matériel pour procéder à son organisation. En outre, pour des raisons d’ordre international faciles à comprendre, le gouvernement belge ne pouvait pas braver l’assemblée générale en organisant des élections législatives en janvier 1961 malgré les résolutions de l’assemblée générale. Mais il y avait moyen de contourner très efficacement l’obstacle en prenant une voie qui n’avait pas été juridiquement barrée. Et c’est cela qui va être fait, c’est-à-dire le coup d’État de Gitarama qui va être fait par les républicains hutus de connivence avec la Belgique.

D. Analyse historique de la République rwandaise

  1. Nullité complète des résolutions du congrès national de Gitarama (le 28.01.1961)

Le mouvement républicain de Gitarama avait pour but de mettre en exécution les positions de la Belgique et des républicains Hutu que les nations unies avaient justement refusé d’accepter. Il voulait donc mettre l’ONU devant un fait accompli. Néanmoins, l’ONU ne va pas se laisser faire. Elle opposa immédiatement une fin de non recevoir aux résolutions du congrès national de Gitarama et les invalida toutes par sa nouvelle résolution N° 1605 du 21 avril 1961. Par contre, tout en envoyant promener toutes les autorités désignées à Gitarama, y compris le président d’honneur proposé Dominique Mbonyumutwa, elle réitéra sa position relativement aux élections libres, démocratiques et transparentes ainsi qu’au référendum Kamarampaka sous les auspices de l’ONU et de la Belgique et invita toutes les parties concernées au verdict des urnes le 25 septembre 1961.

a. L’autonomie interne

De retour du colloque d’Ostende le 15 janvier 1961, par ordonnance n° 02/16, le résident général accorda l’autonomie interne au Rwanda, tandis que par une autre ordonnance n° 02/18, il en faisait autant pour le Burundi. Comme cela, la fiction Ruanda-Urundi était balayée et le deux pays devenaient deux réalités. Comme la date de l’arrivée du résident général à Usumbura fut celle de la publication des ordonnances, il est bien clair qu’elles avaient été mises au point à Bruxelles. On lira ces textes dans Rudipresse n° 207 du 21 janvier 1961, page 2-5. Parallèlement, en date du 20 janvier 1961 eut enfin lieu la déclaration du gouvernement belge sur les résolutions de l’assemblée générale. La Belgique indiqua hypocritement qu’elle acceptait de postposer les élections ; qu’elle respecterait la décision d’organiser un référendum sur l’institution Mwami et sur la personne de Kigeli V Ndahindurwa ; enfin qu’elle acceptait d’amnistier les prisonniers politiques, mais non les condamnés pour crimes de droit commun, notamment les meurtriers ou tortionnaires. En date du 25 janvier 1961, par ordonnance n° 02/17, le résident général conférait au conseil du Rwanda et au gouvernement provisoire les pouvoirs d’autonomie tels que définis par la législative du 15 précédent. Mais au même moment, s’organisait en coulisse le mouvement de libération de Gitarama. L’ordonnance en question en fut pratiquement le fondement légal. C’était bien orchestré. Il est donc naturel de conclure que c’est l’octroi par la Belgique au conseil du Rwanda et au Gouvernement provisoire des pouvoirs d’autonomie qui a permis l’organisation du mouvement républicain de Gitarama. Sinon, c’était absolument impossible. Le responsable de cet événement litigieux est donc le colonisateur belge qui a préalablement procédé au déverrouillage nécessaire. C’est indiscutable.

b. Un désir de la République rwandaise a plutôt été exprimé et intériorisé le 28 janvier 1961 à travers le mouvement républicain de Gitarama sous l’impulsion de l’administration locale belge

En date du 23 janvier 1961, grâce au contrôle que les révolutionnaires Hutu avaient du gouvernement provisoire, ils décidèrent à l’unanimité, avec la bénédiction secrète de la Belgique, d’opérer ce qu’on appelle le mouvement républicain de Gitarama mais que les monarchistes appellent coup d’État de Gitarama. Il faudrait tout de même préciser d’avance que tous les préparatifs de l’événement du 28 janvier 1961 ont été faits en étroite collaboration avec le colonel BEM Guy Logiest qui dirigeait toutes les coulisses de la politique et qui était même là à Gitarama mais d’une manière très discrète sous prétexte d’assurer la sécurité. Le colonel BEM Guy Logiest commandait les révolutionnaires Hutu. Cfr Thaddée Bagaragaza, Considérations générales sur le mouvement de libération de Gitarama du 28 janvier 1961.

À vrai dire, le Congrès national de Gitarama ne pouvait pas proclamer la République rwandaise. Le Ruanda-Urundi (= pas le Rwanda et pas le Burundi) était un territoire sous tutelle et reconnaissait lui-même la tutelle provisoire de l’organisation des nations unies et la Belgique comme puissance administrante. Or, les nations unies n’en savaient rien. Le but était donc de soumettre le désir du peuple rwandais au vote, de convenir de la nouvelle forme républicaine à donner au pays, et de désigner le futur président de la République rwandaise sollicitée en cas d’agréation par l’ONU. Néanmoins, l’ONU en a décidé autrement. L’autonomie interne ne pouvait se pratiquer à l’insu de l’ONU. Aux nations unies, le mouvement républicain de Gitarama n’a pas été jugé régulier et représentatif du peuple rwandais. Il a été qualifié d’affaire de révolutionnaires Hutu et de coup d’État. Les résolutions de Gitarama ont été invalidées. Par contre il a été décidé que pour trancher, un référendum Kamapampaka impliquant tout le monde, Hutu, Tutsi et Twa, devrait être organisé en bonne et due forme sous les auspices des nations unies. Dominique Mbonyumutwa ne fut donc pas chef d’État rwandais. Il a certes été élu et désigné à Gitarama. Mais il ne fut pas agréé, reconnu et investi par qui de droit. À peine désigné, il a été contesté par une partie du peuple rwandais puis renvoyé par l’ONU et la Belgique. Il ne mérite pas du tout les honneurs d’un ancien chef d’État. Y insister serait entretenir inutilement la controverse. Il ne faut ni tout confondre ni verser dans la mystification de la 1ère dictature militaire rwandaise qui aura ses raisons de mystifier et de réserver indûment plus tard à Dominique Mbonyumutwa des obsèques nationales alors même que les restes du vrai père du recouvrement de l’indépendance du Rwanda Grégoire Kayibanda Se-Bwigenge étaient cachés on ne sait où. Ce sera une gigantesque manipulation tout à fait condamnable consistant à agrandir inconsidérément Dominique Mbonyumutwa pour annihiler les vraies comètes, à savoir Joseph Gitera Se-Republika et Grégoire Kayibanda Se-Bwigenge. L’Histoire du Rwanda ne peut pas cautionner cette supercherie politique. Le seul premier et unique président de la 1ère République rwandaise qu’on reconnaisse est celui qui a été investi par le peuple rwandais à travers Kamarampaka et la communauté internationale, en l’occurrence Grégoire Kayibanda Se-Bwigenge.

Du récit de cet événement, qu’on peut lire dans l’article de Thadée Bagaragaza, au lien suivant : http://sciencespolitiquesrwandaises.fr/considerations-generales-sur-le-mouvement-de-liberation-de-gitarama-du-28-janvier-1961/ , il ressort que c’est Joseph Gitera Se-Republika, président du conseil du Rwanda, Grégoire Kayibanda Se-Bwigenge, premier ministre et Jean Baptiste Rwasibo, ministre de l’Intérieur, qui ont organisé le congrès national de Gitarama et non Dominique Mbonyumutwa. Celui-ci y a été simplement élu et désigné président honorifique a.i. de la République rwandaise à solliciter, mais qui n’était pas encore là. Il est très important de souligner qu’il a été élu et désigné président honorifique mais qu’il n’a pratiquement pas régné, puisque l’ONU s’en est immédiatement mêlé et a suspendu les résolutions du congrès national de Gitarama. C’est alors qu’il fut décidé de consulter le peuple réel par un référendum Kamarampaka.

c. La commission de l’ONU ne s’y reconnaît plus

Au lieu du 27 janvier 1961, la commission onusienne pour le Ruanda-Urundi arriva à Usumbura le 28 janvier 1961, exactement, avec un retard de 24 heures occasionné par la durée des entretiens menés à Bruxelles avec les autorités belges. Les Belges traînaient exprès les entretiens en longueur. Voici ce que la commission rapporte sur la situation qu’elle a trouvé sur place : « Lorsque la commission arriva à Usumbura le samedi 28 janvier, elle était dans l’ignorance complète des événements politiques postérieurs à la conférence d’Ostende, qui avaient eu lieu et qui continuaient à se dérouler dans le territoire. Elle ne les apprit que plus tard par la presse et la radio »   (Rapport intérimaire, n° 93, p. 17). Ce jour-là même, le 28 janvier 1961, le gouvernement belge publia la déclaration par laquelle il adhérait aux résolutions de l’assemblée générale, à laquelle il reprochait cependant de n’avoir pas tenu compte de l’aspiration des populations tendant à accéder très rapidement à l’autonomie préparatoire à l’indépendance (cfr Rudipresse, n° 209, du 4 février 1961, page 5-6). Le 6 février 1961, l’ordonnance n° 02/38 rendue rétroactive au 1er février, reconnaissait le nouveau régime du Rwanda et transférait à ses autorités les pouvoirs d’autonomie prévus par l’ordonnance n° 02/16 du 15 janvier 1961. Mais, c’était du bluff.

La commission onusienne, quant à elle, estima qu’elle n’était pas qualifiée pour traiter avec les nouvelles autorités autochtones et que son rôle devra désormais consister à s’informer au mieux de la situation pour rendre compte à l’assemblée générale (Rapport intérimaire, n°113-114, page 20). Elle quitta Usumbura le 13 février 1961, s’arrêta à Bruxelles où elle eut des entrevues avec le ministre des affaires étrangères et le ministre des affaires africaines. Le plus sérieusement du monde, le gouvernement belge lui prodigua les déclarations les plus formelles sur ses intentions de rencontrer en toutes choses les résolutions et recommandations de l’assemblée générale. Enfin, la commission rentra à New York pour faire rapport sur sa mission.

Faute d’avoir étudié de près l’histoire des faits, la commission de l’ONU avait été induite en erreur sur un point très important. D’un côté, elle prenait en considération les déclarations les plus formelles du gouvernement de Bruxelles, et de l’autre, elle constatait les agissements diamétralement opposés de l’administration locale belge. Elle avait trop vite conclu que cette dernière était pratiquement en rébellion contre Bruxelles. Sa constatation eût été vraie il y avait un certain temps, mais elle ne l’était plus à l’époque même où elle a été formulée. A ce moment-là, en effet, Bruxelles d’une part et Usumbura-Kigali d’autre part, marchaient la main dans la main. La commission aurait dû supposer que des déclarations officielles, à l’usage de l’opinion internationale, peuvent se doubler de directives secrètes orientant l’action politique dans un sens diamétralement opposé. Le colonisateur belge était un être extrêmement retors et traitreusement double. Voilà, et voilà [= Ngayo nguko] !

d. Les nouvelles institutions devant la commission IV du conseil de tutelle

Le 17 mars 1961, la commission onusienne de visite présenta son rapport intérimaire à la commission IV du conseil de tutelle (1106ème séance, n° 2-20, p. 39-41). En date du 20 mars 1961, le représentant de l’autorité administrante belge, Moreau de Melen, en réfuta les allégations (1108ème séance, n° 2-55, p. 51-57). Du 24 mars 1961 au 29 mars 1961 la parole fut donnée à diverses personnalités dont les intervenants rwandais de toute mouvance (= Michel Rwagasana, Calliope Mulindahabi, etc.…). Bien entendu, les délégués onusiens étaient hostiles aux défenseurs du coup d’État de Gitarama. Tenus sur la sellette, les pétitionnaires n’arrivèrent pas à concilier l’événement de Gitarama avec les obligations découlant de l’accord de tutelle et des résolutions votées par l’assemblée générale. Ils étaient entrain de perdre gain de cause. En date du 30 mars 1961, à la 1124ème séance, la discussion générale reprit. Celle-ci se poursuivit le 10 avril 1961 à la 1134ème séance et se clôtura le 13 avril 1961 à la 1141ème séance. Ce fut une suite de réquisitoire contre l’autorité administrante belge, accusée d’avoir organisé le coup d’État de Gitarama. L’atmosphère ne s’était donc pas améliorée par rapport à la première partie de la 15ème session. Le colonisateur belge fut vilipendé comme un chenapan méprisable. Pourquoi vouloir gouverner les autres si l’on ne sait pas soi-même se gouverner ? La riposte du gouvernement belge fut minable. Le colonisateur belge fut condamné très sévèrement.

Bref, en conséquence, la résolution 1605 du 21 avril 1961 (994ème séance plénière) de cette 15ème session maintenait les deux antérieures (1579 et 1580) qui n’avaient pas été mises à exécutions. Elle comportait bien sûr des ajoutes complémentaires exigées par la nouvelle situation créée aussi bien au Rwanda qu’au Burundi. Le colonisateur belge fut sommé de détruire les ordonnances du résident général Jean-Paul Harroy, -ayant permis l’événement de Gitarama-, et d’annihiler le congrès national de Gitarama. C’est ainsi donc qu’il fut résolu d’invalider les résolutions de Gitarama et d’organiser des élections législatives et le référendum Kamarampaka. Dans le fond, aux nations unies, les grands gagnants ont été les Unaristes et les Raderistes. C’est un fait historique.

  1. La République rwandaise a été engagée en date du 25 septembre 1961 à travers les élections législatives et le referendum Kamarampaka

En bref, les autorités hutues proposées au congrès national de Gitarama n’eurent pas de chance. Dans un premier temps, la Belgique les a reconnues. Mais huée par la communauté internationale, elle dut se rétracter et plier sous l’autorité onusienne. De fait, le programme arrêté pour la session extraordinaire du congrès national s’étant bien réalisé, les leaders démocrates s’attendaient à recevoir sous peu la réaction des autorités de tutelle : la reconnaissance ou le refus des nouvelles institutions. Après un examen attentif de la situation politique et sociale du Rwanda, la Belgique avait émis une ordonnance reconnaissant le nouveau régime du Rwanda et transféré à ses autorités les pouvoirs d’autonomie prévus par l’ordonnance du 15 janvier 1961. Elle se justifiait en affirmant « qu’elle n’avait pas à s’opposer par la force à l’expression générale d’une volonté paisiblement exprimée, sous peine de courir le risque de provoquer des désordres dont les conséquences auraient été désastreuses pour le pays ». Mais, tout en maintenant son refus au retour de Kigeli V Ndahindurwa au Rwanda, la Belgique avait fait savoir qu’elle mettrait en exécution les résolutions de l’ONU stipulant de reporter les élections législatives prévues pour le mois de janvier 1961 et de les organiser ensemble en même temps que le référendum déjà prévu le 25 septembre 1961. Le fait est que la résolution N° 1605 du 21 avril 1961 de l’ONU a invalidé toutes les institutions issues du « coup d’État » de Gitarama, annulé tous les actes posés dans ce cadre et envoyé promener toutes les autorités hutues désignées à Gitarama, à commencer par Dominique Mbonyumutwa (= celui-ci ne fut donc pas chef d’État rwandais). L’Histoire du Rwanda ne peut pas traiter d’ancien chef d’État rwandais un personnage qui a été débouté par l’ONU et la communauté internationale. Par contre, il fut décidé de trancher la question démocratiquement par la voie des urnes auxquelles iraient tous les Rwandais en âge de voter, Hutu, Tutsi et Twa et pas seulement les Hutu comme cela s’était passé à Gitarama (= i Gitarama hali intumwa z’Abahutu gusa). À la date du 25 septembre 1961, il y a eu deux votes : l’une, aux élections législatives, c’est-à-dire, pour élire les députés à l’assemblée nationale et, l’autre, au référendum (Kamarampaka), pour permettre à l’électeur d’exprimer son choix entre « le Royaume du Rwanda» et « la République rwandaise ».

a. Annulation des diverses ordonnances ayant établi l’autonomie interne et suspension des autorités issues du coup d’État de Gitarama

A la clôture de la 15ème session de l’ONU, un nouveau gouvernement venait d’être formé en Belgique et Spaak devenait ministre des affaires étrangères et du Ruanda-Urundi. Encore un autre gouvernement ! Avant de venir opérer sur les lieux, la commission élections-référendum arriva à Bruxelles le 30 mai 1961, afin d’arrêter, avec le nouveau ministre, les modalités d’exécution pour la mise en œuvre de la résolution 1605. Les échanges de vues eurent lieu en présence du résident général Jean-Paul Harroy. Les membres de la commission onusienne arrivèrent à Usumbura le 8 juin 1961. Le président de la commission, Dorsinville, fixa son quartier général à Usumbura, tandis que Gassou du Togo se fixait à Gitega pour le Burundi et Rahnema de l’Iran à Kigali pour le Rwanda. Le secrétariat de la commission se composait de 17 fonctionnaires, tandis que le nombre d’observateurs à répartir dans tous les territoires administratifs s’élevait à 21 : c’est-à-dire au total à 38 fonctionnaires du secrétariat général de l’ONU représentant 23 états membres (cfr rapport n° 27, p. 9-11).

La démarche préalable aux élections préconisée par la résolution 1605 consistait à ce que l’on devait non seulement annuler les diverses ordonnances ayant établi l’autonomie interne, mais encore suspendre les autorités issues du coup d’État de Gitarama. Elles devaient être remplacées par un gouvernement élargi d’union nationale, dans lequel tous les partis seraient équitablement représentés. Cette procédure-ci se révéla irréalisable. L’UNAR et le RADER exigeaient que sur les ministères existants, on leur en attribuât au moins trois de grande influence, à savoir ceux de l’Intérieur, de la Justice et des affaires sociales et réfugiés. Le MDR-PARMEHUTU ne voulut rien entendre. Il proposait de confier à ces formations des ministères de périphérie à créer spécialement pour eux. Le résident spécial, le colonel BEM Guy Logiest, proposa, comme solution de compromis, de placer deux ministres de tendances différentes, à la tête de chaque département. Cela ne pouvait pas non plus marcher. Finalement, il fut décidé que l’administration de tutelle reprendrait en mains les attributions du gouvernement, tandis que celui-ci serait neutralisé. Il en fut ainsi. La neutralisation fut appelée mise en vacances. Tout en se conformant à la résolution de l’ONU, la Belgique n’avait pas envie de mécontenter les révolutionnaires Hutu et continua donc à les payer en coulisse, quoique renvoyés, et laissa à leur disposition les moyens de transport de l’état jusqu’à nouvel ordre. C’est cette confusion qui a fait que le public ignorant les considérait comme des gouvernants (= Abategetsi). En réalité, il n’en était rien. De toute façon, il est d’ailleurs à faire remarquer que c’est le contribuable rwandais qui payait toute l’entreprise coloniale belge et non le contribuable belge.

C’est alors que l’UNAR commença à payer la facture de son abstention lors des élections communales. Ce fut une erreur très grave. Les pétitionnaires de l’UNAR et du RADER à la commission IV du conseil de tutelle avaient cru que la neutralisation des autorités existantes ou la répartition équitable des ministères s’étendraient jusqu’aux communes. Mais cela était inconcevable et personne ne l’aurait accepté. Au jugement des délégués à la commission IV du conseil de tutelle, les bourgmestres sont des fonctionnaires de l’administration. Mais de fait, ce sont des fonctionnaires politisés. Pour eux, être représentants de l’administration, surtout à l’époque envisagée, était un aspect très secondaire. Ils étaient davantage les représentants de leur parti. Tout bien considéré, ce sont les bourgmestres et les conseillers communaux Hutu qui menaient le train rwandais postrévolutionnaire. La commission a pu constater que, pendant la période qui a suivi la suspension du gouvernement, beaucoup de fonctionnaires locaux et surtout des bourgmestres membres des partis républicains, jouaient un rôle politique actif. La commission s’est penchée sur ce problème, par suite d’un grand nombre de plaintes émanant des partis monarchistes. Elle insista auprès de l’administration de tutelle pour que celle-ci prît les mesures possibles pour assurer l’impartialité de ses compétitionnaires. Au fait, les autorités de la tutelle ont à plusieurs reprises donné des ordres concrets aux agents administratifs de se tenir en dehors de toute activité politique, et aux bourgmestres de ne pas abuser de leur autorité. Le problème avait surtout trait aux activités des bourgmestres, puisque d’un côté il était très difficile à la commission de vérifier les accusations portées contre eux, et que de l’autre, étant en même temps fonctionnaires et représentants politiques, ils étaient inévitablement entraînés dans la politique (voir rapport, n° 129, p. 41). – « La commission s’est néanmoins rendu compte qu’un grand nombre de bourgmestres avaient abusé de leurs pouvoirs et avaient agi plutôt comme agents de leur parti » (ibid ; n° 129, p. 41).

Voilà les conséquences du comportement irrationnel de l’UNAR. À propos des ennuis de l’UNAR sur terrain à cause des bourgmestres, il y a lieu de consulter le même rapport n° 352, page 115. C’était justement cela dont l’UNAR avait fait abstraction au départ en boycottant les élections communales. On a déjà assez parlé du suicide de l’UNAR plus haut. La suspension ou la neutralisation du gouvernement ne voulait donc absolument rien dire. On convient que l’UNAR n’avait aucune chance de battre le MDR-PARMEHUTU, mais il eût quand même prouvé son véritable poids politique et gagné dans quelques communes. En ce moment, c’était trop tard. Le MDR-PARMEHUTU était fortement installé dans le pays et pouvait faire la pluie et le beau temps, se moquer impunément de quiconque tenterait de lui disputer l’accession définitive au pouvoir. Il était naïf de se fier aux résolutions des nations unies quand on ne valait pas grand-chose sur terrain. En outre, on connaît bien l’attitude de l’administration de tutelle. Le colonialiste belge agit toujours par rapport à ses propres intérêts personnels subjectifs égoïstes. Il ne voit jamais les intérêts du colonisé. Il marchait avec ceux qui marchaient. Il était intéressant de collaborer avec la noblesse tutsie à l’époque où elle était omnipotente. Maintenant qu’elle ne vaut plus rien, il la quitte. À l’époque des faits, la Belgique ne voulait pas entrer en guerre contre les Hutu à cause d’une noblesse tutsie tombée en désuétude. Les proclamations les plus officielles en français, à l’usage de la commission, s’accommodaient facilement des mots d’ordre en sens opposé. Naïf était celui qui ne s’en rendait pas compte.

La résolution 1605 avait également repris impérativement le problème de l’amnistie générale et inconditionnelle. L’ordonnance législative n° 01/188 du 31 mai avait été prise quelques jours avant l’arrivée de la commission. Une commission de magistrats belges avait été créée afin de déterminer les condamnés pour délits politiques commis entre le 1er octobre 1959 et le 1er avril 1961. Une commission spéciale de l’ONU ayant étudié les dossiers proposa une liste complémentaire de 97 personnes exclues par ladite ordonnance. Il s’ensuivit une autre ordonnance législative n° 01/224 du 24 juillet 1961 qui étendait l’amnistie aux 97 personnes proposées. Seuls 4 condamnés en furent exclus par l’administration. En tout, pour le Rwanda, 2 433 personnes, aussi bien incarcérées que se trouvant en exil à l’étranger, bénéficièrent de l’amnistie. Bien plus, l’autorité administrante amnistia 562 personnes dont les cas était en cours d’instruction : ce qui portaient les amnistiés à 3 193 personnes (cfr rapport, n° 134-142, p. 43-46).

Seul le retour de Kigeli V Ndahindurwa au pays avant le référendum se heurta au refus de l’autorité administrante. Elle admettait qu’il pouvait rentrer en tant que simple particulier, en quel cas il ne bénéficierait d’aucune mesure de protection. Le Mwami Kigeli V Ndahindurwa se prenait toujours pour Mwami en exercice du Rwanda et exigeait de rentrer en cette qualité. La Belgique disait qu’il n’en était pas question. La commission onusienne insista néanmoins de tout son pouvoir, estimant que le refus de ce retour était une violation flagrante de la résolution 1605. Le Premier ministre du Tanganyika (actuellement Tanzanie) transmit même à la commission de l’ONU un message demandant l’autorisation pour Kigeli V Ndahindurwa d’atterrir à Usumbura par un avion anglais affrété à cet effet. L’autorisation fut refusée. La Belgique considérait que Jean Baptiste Ndahindurwa était un Mwami révoqué et un citoyen rwandais au même pied d’égalité que tout le monde (ibid. N° 148-167, p. 48-53).

b. Les élections législatives et le référendum Kamarampaka

Finalement, les élections législatives et le référendum Kamarampaka eurent lieu comme le voulaient bien les Nations unies. Le 25 septembre 1961, en exécution des résolutions 1957 et 1580 des Nations unies, eurent lieu les élections législatives et le référendum sur la question du Mwami Kigeli V Ndahindurwa. Les électeurs inscrits étaient au nombre de 1.337.096. Les votes valides s’élevaient à 1.255.896, tandis que les votes blancs ou nuls étaient 22.248. Suivant le système de représentation personnelle, les 44 sièges à pourvoir à l’assemblée législative furent distribués ainsi :

  • Le MDR-PARMEHUTU obtint 974.239 voix (77,7%) soit 35 sièges.
  • L’UNAR obtint 211.929 voix (16,8%) soit 7 sièges
  • L’APROSOMA pro-MDR-PARMEHUTU obtint 44.830 voix (3,5%) soit 2 sièges
  • Le RADER obtint 4172 voix (0,3%) soit o sièges
  • Les 11 formations secondaires et listes locales, y compris l’APROSOMA-RWANDA-UNION de Joseph Gitera totalisèrent 20.636 voix (1,7%) soit 0 sièges.

(Cfr Rapport n° 371-373, p. 121-122 ; Rudipresse n° 24 du 4 novembre 1961, supplément p 1-2).

S’agissant du déroulement du référendum Kamarampaka, l’électeur devait répondre à une double question :

  1. Désirez-vous la monarchie ?
  2. Dans l’affirmative, désirez-vous avoir Kigeli V Ndahindurwa comme Mwami ?

Le nombre des inscrits pour le référendum était légèrement plus élevé que celui des élections législatives, soit 1.337.342 contre 1.337.096.

1ère question : votes valables : 1.260.302 / votes blancs ou nuls : 14.329

Réponses : votes affirmatifs : 253.963 / votes négatifs : 1.006.339 soit 80%                                                                                                                                

2ème question : votes valables : 1.262.165 / votes blancs ou nuls : 11.526    

                       Réponses : votes affirmatifs : 257.510 / votes négatifs : 1.004.655 soit 80%.

Ainsi les républicains avaient-ils gagné sur les deux tableaux et le Rwanda avait-il rejeté la monarchie pour adopter le régime républicain (cfr Rapport n° 375-386, p. 123-126). Précisément, le Rwanda est une République depuis le 25 septembre 1961, autrement dit la République rwandaise a été engagée le 25 septembre 1961 à travers les élections législatives et le referendum Kamarampaka.

À la fin des élections législatives et du référendum Kamarampaka, l’assemblée législative élue le 25 septembre 1961 fut installée le 2 octobre 1961. Elle élut en son sein un précepteur (un président) en la personne d’Amandin Rugira, à l’unanimité des 42 députés prenant part au vote, y compris les députés de l’UNAR. L’UNAR ayant déclaré qu’elle ne présenterait aucune candidature, l’assemblée désigna à l’unanimité par acclamation Aloys Munyangaju de l’APROSOMA comme son vice-précepteur. Le 4 octobre 1961, l’assemblée examina la question du régime constitutionnel à choisir pour la nouvelle République : sera-t-il présidentiel (le président de la République cumulant la fonction de Premier ministre) ? Ou sera-t-il parlementaire (le Premier ministre étant distinct du président de la République ?). L’UNAR s’abstint de prendre part au vote et les autres députés votèrent à l’unanimité en faveur du régime présidentiel. Mêmement, l’UNAR s’abstenant, l’assemblée législative adopta la résolution qui établissait le régime républicain au Rwanda, abolissait le régime mystico-patrimonial, déclarait Kigeli V Ndahindurwa déchu de ses prérogatives de Mwami et spécifiait que la dénomination officielle du pays serait « République rwandaise ». La même résolution établissait que l’assemblée législative alors en session élirait parmi ses membres un président de la République au scrutin secret à la majorité des 2/3 et que ce président, à la fois chef du pays et chef du gouvernement, constituerait un gouvernement qui serait investi par l’assemblée législative. La même résolution, datée du 30 octobre 1961, décida enfin que l’assemblée législative serait érigée en constituante à partir du 4 octobre 1961.

Enfin, l’élection du premier président de la République rwandaise se déroula le 26 octobre 1961 en présence du résident général, Jean-Paul Harroy et du résident spécial, Guy Logiest. Grégoire Kayibanda fut élu à 36 voix dont 34 du MDR-PARMEHUTU, 2 de l’APROSOMA alors que les 7 députés de l’UNAR s’abstenaient. Le candidat de l’APROSOMA, en l’occurrence Germain Gasingwa, n’obtint qu’une voix (celle de Grégoire Kayibanda), l’APROSOMA ayant aussi voté pour Grégoire Kayibanda. Après quoi, le président de la République présenta son équipe ministérielle.

  1. La république rwandaise a été réglée le 21 décembre 1961 à travers les préliminaires du recouvrement de l’indépendance du Rwanda

À la veille du recouvrement de l’indépendance, le ministre belge des affaires étrangères et du Ruanda-Urundi est Paul-Henry Spaak. En date du 21 décembre 1961, il conclut avec le président de la République rwandaise, Grégoire Kayibanda Se-Bwigenge, un protocole aux termes duquel le Rwanda obtenait l’autonomie la plus complète compatible avec les responsabilités que, vis-à-vis de l’ONU, la Belgique continuait encore à assumer dans le cadre de l’accord de tutelle du 13 décembre 1946. Au même moment, aux nations unies, soucieuses de voir le Rwanda accéder à l’indépendance dans la concorde nationale, la quatrième commission du conseil de tutelle créa un groupe de réconciliation, chargé de prêter ses bons offices aux représentants du gouvernement du Rwanda et à ceux du parti d’opposition UNAR. La rencontre eut lieu le 8 février 1962 et on finit par décider l’UNAR à participer à la vie publique du pays. Elle recevra deux portefeuilles ministériels et d’autres fonctions, excepté ceux dépendant des élections (bourgmestres et conseillers communaux). À ces entretiens de réconciliation, d’une part le gouvernement rwandais était représenté par Amandin Rugira (président de l’assemblée législative), Callixte Habamenshi (ministre de l’Information) et Otto Rusingizandekwe (ministre des relations extérieures) et d’autre part, l’UNAR était représentée par Rwagasana (député), Michel Kayihura (conseiller général politique) et Rutera (représentant de l’UNAR à l’étranger). Le groupe de réconciliation était composé de Marcel Achkar de la Guinée, d’Angie Brooks du Liberia, de Zorge Castaneda du Mexique et de Talion Kane du Sénégal (cfr ibid. Doc. A/C 4/532, p. 43-44). L’accord ainsi intervenu mettait fin à la présence de pétitionnaires rwandais à la quatrième commission. Entrèrent donc au gouvernement deux Unaristes, à savoir :

  • Afrika : ministre de l’élevage
  • Ncogozabahizi : ministre de la Santé alors que Germain Gasingwa restait ministre sans portefeuille.
  1. La République rwandaise a été livrée le 01 juillet 1962 à travers le recouvrement de l’indépendance

Après quoi, l’assemblée générale des nations unies adopta, lors de sa 1106ème séance plénière du 23 février 1962, sa résolution 1743 (XVI) sur l’avenir du Ruanda-Urundi. Pour lors, la même résolution 1743 (XVI) créa une nouvelle commission pour le Ruanda-Urundi. Pour la distinguer plus aisément de celles de même dénomination qui l’ont précédée, on l’appela commission-indépendance. La commission-indépendance, présidée par Mlle Angie Brooks (Libéria), se composait de 4 membres : Jean-Louis (Haïti), Rahnema (Iran), Sidi Baba (Maroc) et Gassou (Togo). L’assemblée générale la chargea entre autres, de prendre toutes les dispositions nécessaires « pour la formation et l’entrainement des forces nationales avec l’aide des experts ou d’une mission d’instruction fournis par l’Organisation des Nations Unies et le retrait rapide des forces militaires et paramilitaires belges, lequel retrait devra être terminé avant l’accession à l’indépendance. » (cfr ibidem, p. 56). Cette mission sans objet et dont la commission-indépendance ne tentera même pas la réalisation, indique clairement le déphasage de l’ONU. Ce fut alors que les nations unies découvrirent qu’il existait déjà au Rwanda une garde nationale créée secrètement par l’administration coloniale locale belge depuis un an et demi. Cela suscita la suspicion de l’assemblée générale à l’égard de l’autorité administrante belge. Et personne ne sut non plus qu’il s’agissait d’une armée mono régionale Belgo Kiga, c’est-à-dire la racine principale du futur chaos rwandais contemporain. Aux nations unies, personne ne croyait donc plus la Belgique. Le brigand colonial belge était mal famé. D’ailleurs, la preuve que les nations unies avaient raison de se méfier, c’est le chaos rwandais contemporain. Les nations unies disaient qu’avec le colonialiste belge en Afrique, on ne sait jamais. Il est capable de n’importe quoi. Il n’a aucune moralité. Le Burundi insistait beaucoup pour que les forces belges s’en aillent le plus vite et le plus loin possible du Rwanda et du Burundi, de sorte qu’il ne restât plus aucun militaire belge sur son territoire au 01 juillet 1962.

En bref, c’est ce qu’on craignait qui est arrivé. Le néocolonialiste belge est un être extrêmement retors et traitreusement double. Il est parti officiellement mais officieusement il n’a pas quitté le Rwanda. Il a manipulé et laissé faire la révolution rwandaise parce qu’elle était faite contre la noblesse tutsie qu’à présent il détestait. Mais dès que Grégoire Kayibanda Se-Bwigenge a fait montre de visées indépendantistes, grâce à son armée mono régionale Belgo Kiga, la Belgique avait déjà planifié de le casser parce que ses prétentions allaient à l’encontre des intérêts belges, lesquels consistaient dans le contrôle indéfini du Congo, du Rwanda et du Burundi, même indépendants. Voilà, et voilà [= Ngayo nguko !] !

Par parenthèse, dès 1961, les Tutsi avaient tout déchiffré et juraient leurs grands aïeux que tôt ou tard ils anéantiraient l’auto colonisation Kiga et le néocolonialisme belge. Et ils y arriveront coûte que coûte. En vérité, le colonialiste belge a tant et si bien manipulé qu’il n’a jeté au Rwanda qu’une indépendance nominale empoisonnée. Et c’est le peuple rwandais qui payera toutes les diaboliques machinations du néocolonialiste belge. En 1990-1994, les Tutsi ont été des Bagabo. Au moins, ils ont vaincu l’auto colonisation Kiga et le néocolonialisme belge [= ibyo byo rwose ntibizagaruka] ! À quelque chose, malheur est donc bon ! Après la décolonisation officielle belge, la démolition du néocolonialisme belge et de l’armée mono régionale Belgo Kiga, -source de l’orgueil démesuré Belgo Kiga-, aura certainement été l’une des meilleures nouvelles de toute l’Histoire du Rwanda. Hélas, le néocolonialisme belge à visage Habyalimaniste sera tant détestable. Trop ! Les Tutsi auront raison de prendre les armes et de concasser le monstre Belgo Kiga. La liberté ne se donne pas. La liberté s’arrache.

Bref, de droit, en date du 27 juin 1962, l’assemblée générale a voté sa résolution 1746 (XVI) par laquelle (paragraphe 2 et 3), elle « décide, en accord avec l’autorité administrante, d’abroger l’accord de tutelle du 13 décembre 1946 concernant le Ruanda-Urundi le 1er juillet 1962, date à laquelle le Rwanda et le Burundi deviendront deux états indépendants et souverains ; fait appel au gouvernement belge pour qu’il retire et évacue ses forces encore stationnées au Rwanda et au Burundi pour qu’à partir du 1er juillet 1962, les troupes belges en cours d’évacuation n’aient plus de rôle à jouer et pour que l’évacuation soit terminée au 1er août 1962, sans préjudice des droits souverains du Rwanda et du Burundi » (cfr XVIème session, annexes, p. 67). Le fait est qu’à la date prévue du 1er juillet 1962, le drapeau belge fut descendu et emporté. À sa place, fut hissé le nouveau drapeau tricolore de la République rwandaise (rouge, jaune comprenant en son beau milieu la lettre R noire, vert). C’était incroyable mais un peu vrai. Le Rwanda devenait désormais une République indépendante et souveraine. Il recouvrait son indépendance. C’est une date inoubliable marquant un tournant définitif et irréversible dans l’Histoire du Rwanda.

On parle bien du recouvrement de l’indépendance puisqu’avant la colonisation du Rwanda, le Rwanda ancien était un état-nation unitaire millénaire indépendant [voir à ce sujet (Mureme, Manuel d’Histoire du Rwanda ancien suivant le Modèle Mgr Alexis KAGAME, 2010)]. Théoriquement commencée le 29 mai 1894 par la visite du Comte Von Götzen à la cour du Mwami Kigeli IV Rwabugili à Kageyo en Cyingogo, dans la région de Gisenyi, mais pratiquement le 03 janvier 1903 par une amande de 40 vaches et une semonce publique imposée au Mwami Yuhi V Musinga par le lieutenant allemand Von Berigne dans l’affaire Mhumbika, la colonisation du Rwanda s’acheva enfin le 1er juillet 1962 après une sombre durée de 68 ans essentiellement caractérisée par le Mal (= la Colonisation belge). Hélas, durant tout ce temps, le Rwanda était privé d’autonomie [voir à ce sujet (Mureme, Manuel d’Histoire du Rwanda à l’époque coloniale suivant le Modèle Mgr Alexis KAGAME, 2010)] et était tombé sous le joug du colonisateur belge.

V. Dominique Mbonyumutwa ne fut pas président de la République rwandaise

En définitive, le colonialiste belge et sa vraie marionnette Juvénal Habyalimana Rutemeyeze en ont menti [= ba Gashakabuhake b’Ababiligi na Rutemayeze wabo babeshye Abanyarwanda]. Dominique Mbonyumutwa ne fut pas président de la République rwandaise. En bref, on pourrait se résumer comme suit :

  • L’événement historique du 28 janvier 1961 à Gitarama est une phase importante d’un long processus révolutionnaire (= un mouvement républicain) qui a culminé dans l’engagement de la République rwandaise en date du 25 septembre 1961. Néanmoins, c’est un autre fait historique que les congressistes du 28 janvier 1961 à Gitarama ont été renvoyés bredouilles par la communauté internationale (= LONI yarabisheshe !). [Kagame, 1975].
  • La monarchie rwandaise a plutôt pris fin le 25 septembre 1961 suite à son rejet catégorique à 80 % par le référendum Kamarampaka institué d’abord par les résolutions des nations unies N° 1579 et N° 1580 du 20 décembre 1960 et ensuite par la résolution N° 1605 du 21 avril 1961 invalidant toutes les résolutions issues du coup d’État de Gitarama, y compris le poste de président d’honneur désigné, irrégulièrement acquis par Dominique Mbonyumutwa. Avant Kamarampaka, ce n’est pas la République rwandaise. On avait un Mwami mais non un président désigné. Kamarampaka était organisé pour ou contre la monarchie et si oui pour ou contre le Mwami Kigeli V Ndahindurwa Jean Baptiste. De fait et de droit, la République rwandaise a été engagée le 25 septembre 1961. La République rwandaise signifie un régime démocratique républicain dans une République. [Kagame, 1975].
  • La République rwandaise a été édictée par l’assemblée législative (issue de Kamarampaka) le 26 octobre 1961. La République rwandaise veut dire régime démocratique républicain dans une République. C’est un contresens total de parler de République rwandaise et de président de la République rwandaise avant cette date. Avant cette date, il n’y avait au Rwanda ni la République rwandaise ni un président de la République rwandaise. D’accord : les gens (= les révolutionnaires Hutu) l’ont demandée en vain à Gitarama le 28 janvier 1961 (puisque le Rwanda était sous tutelle) mais elle n’a été obtenue que le 25 septembre 1961 exclusivement par voie référendaire.
  • Alors, un mois après, en date du 26 octobre 1961, Grégoire Kayibanda a été élu premier président de la République rwandaise sous un régime présidentiel spontanément reconnu par la communauté internationale. En toute objectivité, c’est donc lui le premier président de la République rwandaise et non Dominique Mbonyumutwa qui n’a ni régné ni gouverné, ni rien proposé, même pas provisoirement, en raison du désaveu sans équivoque de la communauté internationale c’est-à-dire l’ONU et la tutelle belge. Sa désignation à Gitarama a été nulle et de nul effet. Ce n’est pas un ancien chef de l’état rwandais. La République rwandaise a été édictée le 26 octobre 1961. C’est Grégoire Kayibanda, le premier président de la République rwandaise, et c’est lui qui a mené le Rwanda au recouvrement de l’indépendance. [Kagame, 1975].
  • S’ils ne se ravisent pas, ils font tort à la société globale rwandaise, les politicards qui avancent d’une manière erronée que Dominique Mbonyumutwa fut le premier président de la République rwandaise, simplement pour faire plaisir à la grande famille Mbonyumutwa ou parce que le président Juvénal Habyalimana Rutemayeze décréta arbitrairement à sa mort un deuil national de trois jours et des obsèques officielles en son honneur. Pourtant, on sait que c’était un faux calcul politique et une méchante mystification de l’Akazu. Entre Grégoire Kayibanda Se-Bwigenge et Dominique Mbonyumutwa, qui méritait plus que qui un deuil national et des obsèques officielles en son honneur ? L’Histoire du Rwanda veut bien noter que Dominique Mbonyumutwa, Balthazar Bicamumpaka et autres révolutionnaires rwandais furent de grands militants révolutionnaires, – mais très loin derrière de vrais héros nationaux (= Intwali zidasanzwe) Joseph Gitera Se-Republika, Grégoire Kayibanda Se-Bwigenge et autres-, mais se garde tout de même d’exagérer les faits historiques.
  • Dominique Mbonyumutwa n’a jamais été chef d’État rwandais. L’Histoire du Rwanda ne peut pas traiter d’ancien chef d’État un personnage qui a été débouté par l’ONU et la communauté internationale. Alors là, elle ne serait plus scientifique. Son idée directrice n’est ni de plaire ni de déplaire aux gens. On fait de l’histoire. On ne fait pas du roman, ni de la diplomatie, ni de la poésie non plus. [= Kuvuga ngo Ababiligi bali babanje kubyemera ntacyo bivuze. N’uwatsindiye mu urw’Iremezo, iyo atsindiwe mu Bujulire, aba atsinzwe]. La légende du Habyalimanisme (= l’Akazu) prétendant que Dominique Mbonyumutwa fut chef d’État rwandais est très risible. On se doit de dire la vérité. Mbonyumutwa ne fut pas chef d’État rwandais. Il a été débouté ! Certes, c’était un grand militant au parti politique de Grégoire Kayibanda Se-Bwigenge. Mais, il n’est pas un héros national. Le concept de « héros national » est très fort. [Mbonyumutwa ntiyeguye ! None se kujulira bivuga iki ? UNAR yarajuliye. Baraburana muli LONI. UNAR iratsinda muli LONI. Nyuma aliko, UNAR itsindirwa muli Kamarampaka yabaye Rurangiza. Iby’i Gitarama byali byarasheshwe rugukubita. Ni ngombwa rero kuvuga ukuli.]

VI. Références bibliographiques  

  1. MUREME Kubwimana, Bonaventure, Manuel d’Histoire du Rwanda ancien suivant le modèle Mgr Alexis Kagame, L’Harmattan, collections études africaines, Paris, 2010, ISBN = 978 – 2 – 296 – 10431 – 0 (638 pages)
  2. MUREME Kubwimana, Bonaventure, Manuel d’Histoire du Rwanda à l’époque coloniale suivant le modèle Mgr Alexis Kagame, L’Harmattan, collections études africaines, Paris, 2010, ISBN = 978 – 2 – 296 – 10436 – 5 (594 pages)
  3. MUREME Kubwimana, Bonaventure, Manuel d’Histoire politique et sociale du Rwanda contemporain suivant le modèle Mgr Kagame, Tome 1 : La révolution rwandaise et la première république rwandaise, L’Harmattan, collections études africaines, Paris, 2012, ISBN = 978 – 2 – 296 – 99314 – 3 (434 pages)
  4. MUREME Kubwimana, Bonaventure, Manuel d’Histoire politique et sociale du Rwanda contemporain suivant le modèle Mgr Alexis Kagame, Tome 2 : Du coup d’état militaire du 05 juillet 1973 au Génocide rwandais, L’Harmattan, collections études africaines, Paris, 2012, ISBN = 978 – 2 – 296 – 99315 – 0 (438 pages)
  5. MUREME Kubwimana, Bonaventure, Manuel de Sociologie politique rwandaise approfondie, Tome 1 : Le Rwanda, Un état-nation unitaire millénaire, L’Harmattan, Paris, 2014, ISBN = 978-2-343-02156-0 (510 pages)
  6. MUREME Kubwimana, Bonaventure, Manuel de Sociologie politique rwandaise approfondie, Tome 2 : La spirale de la violence rwandaise, L’Harmattan, Paris, 2014, ISBN = 978-2-336-30304-8 (650 pages)
  7. MUREME Kubwimana, Bonaventure, Manuel d’études du Développement du Rwanda : le projet centriste révolutionnaire rwandais, L’Harmattan, Paris, 2014, ISBN = 978-2-343-03206-1 (310 pages)

Fait à Paris, le 01 octobre 2014

Mwalimu MUREME Kubwimana,                                                                                                   Statisticien-historien-économiste et politologue rwandais,                                                          Centriste Gitériste-Kayibandiste,                                                                                                 Promoteur scientifique et coordonnateur général du                                                            Mouvement Centriste Révolutionnaire rwandais (= M.C.R.) 

Pour commander ses livres : utiliser le formulaire de contact du site web http://sciencespolitiquesrwandaises.fr/

CACHET MCR

Pièces jointes :

http://www.un.org/fr/documents/garesolution.shtml

http://www.un.org/french/documents/ga/res/15/fres15.shtml