Le fondement mystico-religieux des Bacengeli, des Batabazi et des Bagaba

PP2010

 

 

 

 

 

 

 

 

Mwalimu (Prof.) MUREME Kubwimana, Statisticien-historien-économiste et politologue rwandais, Centriste Gitériste-Kayibandiste, Représentant du modèle « Mgr Alexis Kagame et Mureme »

Jusqu’en 2010, Mgr Alexis KAGAME Se-Mateka est le chercheur qui parle le plus et le mieux du Cwezisme. Mais, il n’a pas bien développé ce sujet. C’était quand même un ecclésiastique. Dès 2010, le chercheur suivant qui va très bien développé ce sujet, c’est son continuateur, en l’occurrence Mwalimu MUREME Kubwimana.  Il importe donc d’approfondir le côté mystico-religieux généralement négligé dans l’Histoire du Rwanda ancien. D’emblée, il sied également de souligner qu’il y a une différence entre un Mucengeli (= libérateur offensif), un Mutabazi (= libérateur défensif) et un Mugaba w’Igitero (= commandant général rituel) et une différence entre un Mugaba et un Mutware (= commandant d’unité militaire quelconque ou chef divers).

En matière de guerre, la philosophie Cwezi est non seulement légèrement différente de la philosophie bantoue, mais surtout très différente de la philosophie judéo-chrétienne. Pour les Hima-Tutsi, la guerre est une nécessité vitale absolue et seule la cruauté inspire le respect. Le bien-être matériel exige la domination des autres par la violence et la force brute, en particulier ceux qui ont le plus peur de la guerre. Ils doivent toujours être entrain de payer des tributs réguliers et de faire des corvées requises de crainte d’être écrasés impitoyablement. Il faut donc être toujours entrain de préparer la guerre et d’affaiblir les autres. Aucun signe de force ne doit être toléré chez l’autre. Il faut inculquer aux autres la peur permanente de la guerre et gare à eux s’ils se trompent (= Nzabashwanyaguza mbasye). Il faut qu’un rien les effraie.

Néanmoins, l’on ne peut gagner la moindre guerre sans l’aide du peuple invisible [= Abakurambere]. Par peuple invisible, on entend l’ensemble des Rwandais défunts appartenant exclusivement aux quatre générations précédentes (en mois de 132 ans) ; par peuple visible, la population rwandaise. Si l’on doit réprimer toute opposition émanant du peuple visible, il faut absolument faire attention à toute opposition émanant du peuple invisible. Toute guerre nécessite donc préalablement des consultations divinatoires. Si celles-ci sont défavorables et que le peuple invisible s’y oppose, il faut renoncer temporairement à la guerre, faire la paix, privilégier la ruse, les négociations malhonnêtes et la diplomatie féminine jusqu’à ce qu’enfin les consultations divinatoires autorisent de faire la guerre à l’improviste. L’homme est fait pour la guerre et les conflits, les femmes sont faites pour l’espionnage, la séduction et le bernement.

Une fois les consultations divinatoires favorables à la guerre, l’étape suivante est la désignation par la même voie d’un commandant général rituel [= umugaba w’igitero]. Les candidats doivent être des nobles Tutsi proches du Mwami, des hommes mûrs et intègres, ne s’enivrant pas, ne se droguant pas, n’ayant pas de difficultés conjugales, ne commettant pas d’adultère ou du moins capables d’abstinence durant toute la période de la mission.  D’ailleurs, tout guerrier était astreint à l’abstinence durant toute la période d’une bataille. Pour être candidat, personne ne pose sa propre candidature et les candidatures sont données par des tierces personnes dans le plus grand secret. Ce n’est pas nécessaire d’être un guerrier d’élite. Seule compte la beauté morale. Par contre, les commandants d’opérations doivent être des guerriers d’élite et si possible des guerriers cruels (= ibikura-nkota). Une fois le commandant général rituel désigné, tout le monde doit le respecter et lui obéir, y compris ceux qui le détestent d’habitude, lesquels ne pourront le détester à nouveau qu’une fois la guerre terminée (= urubanza rurangiye). Peut-être que ce en quoi on le déteste est justement ce dont la société a présentement besoin.

Le commandant général rituel (= umugaba w’igitero) recevait les honneurs royaux et portait comme appellation dynastique celle du monarque ancien qui avait, au moins une fois, vaincu le pays objet de l’invasion déclenchée. À titre d’illustration, le commandant général rituel de l’expédition du Bushi sous Kigeli IV Rwabugili s’appelait Ndibyaliye fils de Mbagaliye et portait comme nom dynastique Mubambwe I Mutabazi ; d’où Mibambwe I Mutabazi Ndibyaliye fils de Mbagaliye. L’Umugaba est donc un arbitre et ses décisions sont sans appel, même pas auprès du Mwami. C’est lui qui dit : « Attendez ! Allez-y ! Arrêtez, ça suffit ! ». Si quelqu’un ose continuer les cruautés alors que l’Umugaba a dit d’arrêter étant donné que ça suffit, l’Umugaba est habilité à le condamner à mort avec exécution immédiate. Les intérêts de la société priment sur ceux d’un individu. On ne se bat pas pour détruire les hommes, mais plutôt pour les asservir (= kubahaka). On ne détruit que ceux qui refusent d’être asservis.

Sur ce, voyons le fondement magico-religieux du Mucengeli. Ici, notre but est de rapporter la compréhension des Rwandais anciens et de l’expliquer, mais non pas de la juger. D’après le mouvement mystico-religieux Cwezi, l’homme est double. Il est corps et âme. Après la mort, il n’est plus qu’une âme (= umuzimu), appartenant au peuple invisible. Les initiés Cwezi croient que c’est le peuple invisible qui gouverne réellement le Rwanda et sert d’intermédiaire entre nous et notre Seigneur IMANA (= Nyilibiremwa). Le peuple invisible sait ce qui est conforme aux décrets divins alors que le peuple visible le sait à grand-peine. Voilà pourquoi on fait des consultations divinatoires pour connaître la position du peuple invisible. Or, des fois, le peuple invisible ne comprend même pas les préoccupations matérielles du peuple visible, ou bien quand les prières arrivent dans l’au-delà, elles sont très confuses. Les initiés Cwezi croyaient donc qu’en temps de guerre, les prières ne suffisent pas. Il faut envoyer un messager express : un Mucengeli quand on va conquérir et un Mutabazi quand on est envahi et qu’on a à défendre le territoire national. Les cérémoniaux sont donc inverses dans les deux cas mais le fondement magico-religieux est identique.

En guise d’illustration, il y a lieu de citer l’expérience mystico-religieuse de Binama sous le règne du Mwami Mutara I Semugeshi. La mission de Binama consistait à aller persuader le peuple invisible rwandais du bien-fondé de la conquête du Bungwe (= royaume des Benengwe) afin qu’il la soutienne et le peuple invisible Benengwe du mal que faisaient les Benengwe afin qu’ils ne les soutinrent pas. Le message de Binama passera d’autant plus facilement qu’il a du sang Benengwe dans ses veines. Il est considéré comme leur. Avant le départ à l’abattoir des ennemis, le Mucengeli était soumis à des cérémonies mystico-religieuses inimaginables de sorte que, croyait-on, à son arrivée dans l’au-delà, tout le monde vienne lui demander ce qui se passe encore sur terre chez ces fous d’hommes. En tuant un Mucengeli, on risquait donc de s’attirer la colère du Ciel. Encore une fois, on recommande qu’il ne faille jamais discuter religion, mais qu’il faille bien être informé sur les différentes croyances religieuses. Notre raisonnement s’inscrit donc dans le cadre de la philosophie de Mgr Alexis Kagame.

Dans son ouvrage d’Histoire du Rwanda précolonial, le père dominicain Bernardin Muzungu a consacré un chapitre intéressant sur la religion et l’éthique rwandaise. Néanmoins, on n’est pas d’accord avec lui sur sa conclusion concernant les Abacengeli : « Cette supposée intervention divine ignore que même dans le cadre d’une monarchie théocratique, la causalité naturelle est distincte de la causalité surnaturelle car, pour pouvoir affirmer l’intervention miraculeuse divine, il faut des preuves scientifiquement vérifiables. Cette preuve n’existe pas dans le cas de nos Abacengeli ».

C’est une conclusion hâtive et on la rejette pour six raisons :

1)      Les scientifiques ne peuvent ni vérifier ni contrôler Dieu. Il est absurde de réclamer des preuves scientifiquement vérifiables.

2)      Il est impossible de prendre conscience objectivement des phénomènes inhérents au Mucengeli ou au Mutabazi et de les soumettre à une analyse directe des processus mentaux. La mission du Mucengeli ou du Mutabazi transcende de loin notre raisonnement. D’après les Bantous et les Hima-Tutsi, aucune victoire n’est méritée puisse que c’est la grâce du Divin qui donne la victoire.

3)      Le credo du mouvement mystico-religieux Hima-Tutsi Cwezi de même que celui du mouvement voisin mystico-religieux bantou Kimeza-Milyango consiste en ce que, tout en pensant différemment, le peuple visible est étroitement associé au peuple invisible. La différence n’est qu’une différence d’état et de niveau. Ce qui est en haut est exactement comme ce qui est en bas. C’est analogue. La causalité naturelle n’est donc pas distincte de la causalité surnaturelle. La causalité naturelle est intimement liée à la causalité surnaturelle. C’est un tout indissociable. La réalité universelle est une. La causalité universelle est une. Elle est la Cause qui se cause. L’univers veut dire l’Unité vers l’Unité.

4)      Les deux mouvements voisins mystico-religieux Kimeza-Milyango et Cwezi mettent en avant le fait que chaque individu est un être double mais une et une seule individualité. Il n’y a pas deux personnes ou trois personnes en lui. Si l’on perd de vue cette dualité, il est impossible de s’expliquer la mission du Mucengeli ou du Mutabazi. La certitude de l’immortalité après la mort physique est un fait si positif que la mort n’est considérée que comme une libération et une délivrance et non pas comme une souffrance. Les morts sont plus vivants que jamais. Umuntu ntapfa aratabaruka. Hapfa imbwa n’imbeba. Le mot forgé par les ecclésiastiques de « Kwitaba IMANA » est également incorrect. Il ne faut pas attendre la mort pour répondre à l’appel de Dieu. Chaque fois qu’on écoute sa conscience, on répond à l’appel de notre Seigneur IMANA. Tugomba guhora twitaba IMANA mu byo dukora byose. Il est très grave de se dire : « Nzakomeza nice amatwi. Nzaba nyitaba napfuye ! Nimbaza nzayisubiza !»

5)      Pourquoi donc demander aux Hima-Tutsi et aux Bantous de prouver leur foi alors que ce n’est pas demandé aux Chrétiens ? C’est une politique de deux poids et de deux mesures qu’il importe de dénoncer. C’est même de l’orgueil des Chrétiens. Il faut bien appeler les choses par leur nom. Si on apportait une Eucharistie au laboratoire, on ne trouverait que des éléments naturels. L’Essence divine est inobservable. On ne peut pas jauger l’Immatériel avec du matériel. L’Église catholique, elle, a-t-elle jamais pu apporter des preuves scientifiques de la présence de Jésus-Christ dans l’Eucharistie ?

6)      La force des croyances religieuses est incommensurable. On affirme que c’est grâce à leur mouvement mystico-religieux Cwezi que les Hima-Tutsi ont dominé le plateau africain des grands lacs et au Lyangombisme que les Tutsi dominent et dominent encore le Rwanda. C’est donc une philosophie à prendre au sérieux.

Par parenthèse, un peuple sans croyances religieuses propres et qui doit adhérer aux croyances religieuses étrangères est un peuple faible. Un peuple qui tient à être fort doit faire le nécessaire pour avoir ses propres croyances religieuses et chercher le plus d’adhérents possibles à ses croyances religieuses chez d’autres peuples. C’est le cas des Occidentaux avec leur Christianisme, des Arabes avec leur Islam et des Hima-Tutsi avec leur Cwezisme. Le port des prénoms occidentaux ou la construction des mosquées un peu partout au Rwanda revêt un symbolisme hautement significatif. On convient que ce sont de très grandes religions dignes de respect. Néanmoins il serait à convenir que nul n’a le droit d’imposer, souvent à des fins matérielles, ses croyances religieuses par les armes, l’esclavagisme, la traite négrière et la colonisation comme cela s’est passé dans le passé. On dit bien dans le passé. Il ne conviendrait donc plus aujourd’hui de se faire des querelles de religions. Toutes les religions du monde enseignent la même chose, y compris le Kimeza-Milyango et le Cwezisme. Les païens sont plus religieux qu’on ne le pense. Le problème est donc que certaines religions sont utilisées à des fins de colonisation et de domination des autres par la violence de toute sorte en vue du profit. Les religions pareilles devraient être rejetées. C’est le cas précis de l’Islam et du Christianisme dans leur forme actuelle au Rwanda. On convient par ailleurs qu’aujourd’hui le Lyangombisme est totalement dépréciée.

Au fait, il est faux qu’une nation s’imagine être mieux aimée de Dieu que d’autres nations ou prétende être porteuse d’un message divin qui n’a jamais été révélé et qui ne sera jamais révélé nulle part ailleurs au Monde. Il est très douteux que la meilleure façon divine d’envoyer un message soit de le confier à des colonisateurs. Bouddha, Moïse, Gandhi, Mandela, Jeanne d’Arc, etc. : voilà une façon convaincante d’envoyer un message divin. Le peuple favori de Dieu n’existe pas. Notre Seigneur IMANA ne favorise personne. Il n’est pas une personne humaine. L’essentiel n’est pas l’avoir mais plutôt l’être. L’avoir égoïste mal acquis qui affame les autres hommes ; qui exile les compatriotes et ne sert pas aux autres n’a aucune valeur. Rien ne prouve donc que les colonisateurs, les tyrans et les brigands milliardaires soient dans la meilleure voie.

Bref, les Bantous et les Hima-Tutsi n’ont rien à prouver. Les croyances religieuses Bantoues « Kimeza-Milyango » et Hima-Tutsi « Cwezi » ne sont pas des croyances païennes (= Bishenzi). Il n’est même pas prouvé que les croyances religieuses des sociétés pauvres soient moins avancées que celles des sociétés riches. Ce sont des cultures de pauvres mais ce ne sont pas de pauvres cultures. Au contraire, il est connu qu’un peuple riche est généralement un peuple matérialiste, sans scrupules, violent, agressif et pillard.

En définitive, il importe de réitérer la définition du Mucengeli et la définition du Mutabazi de Mgr Alexis Kagame définissant le Mucengeli comme un libérateur offensif en cas de volonté de conquête et définissant le Mutabazi comme un libérateur défensif en cas de défense des frontières nationale attaquées et de rejeter la définition fausse du père dominicain Bernardin Muzungu les définissant indistinctement comme des martyrs de la nation. C’est du barbarisme chrétien catholique romain consistant à redéfinir à tout prix à sa façon la réalité rwandaise qu’il ne comprend pas et qu’il ne veut pas se donner la peine de comprendre. Il est à bien noter que le barbarisme consiste à importer dans une langue donnée, des formes qui sont usuelles dans une langue étrangère (si tel n’est pas le cas, on pourra parler de cacographie, ou d’hypercorrection). En vérité, au Rwanda, le Maître de céans, c’est le Kinyarwanda. Le mot « Martyr » n’existant pas en Kinyarwanda, il est insensé de l’y introduire malicieusement afin de traduire des concepts corrects et pittoresques du bon Kinyarwanda, qui ont leur propre sens rwando-rwandais. Le Mucengeli est un initié et un mandataire mystico-religieux de la nation qui s’en va résolument provoquer l’ennemi et se faire donner la mort devant lui permettre de s’empresser d’aller plaider la cause de la nation dans l’au-delà auprès du peuple invisible qui sert d’intermédiaire entre notre Seigneur IMANA et le peuple visible et ce en cas de volonté de conquête d’un royaume ennemi. Le Mutabazi, c’est la même chose mais en cas d’invasion par un royaume ennemi. Le Cwezisme et le Kimeza-Milyango pensent donc qu’un nouveau venu dans l’au-delà ne peut pas voir Dieu. Il est plutôt accueilli par le peuple invisible. C’est auprès de ce peuple invisible que le Mucengeli ou le Mutabazi était envoyé et non auprès de Dieu. Le peuple invisible informe immédiatement notre Seigneur IMANA du message apporté par le Mucengeli ou le Mutabazi. Alors, c’est IMANA et lui seul qui décrète. Enfin, l’oppresseur est vaincu.

Fait à Paris, le 1 juillet 2010

Mwalimu (Prof.) MUREME Kubwimana, Statisticien-historien-économiste et politologue rwandais, Centriste Gitériste-Kayibandiste, Représentant du modèle « Mgr Alexis Kagame et Mureme »